Dimanche 2 septembre 2007

 

Bonjour à tous

 

                Ca fait longtemps que je n'ai pas donné de nouvelles générales et on commence à m'en réclamer, alors en voici enfin. Mais avant d'aller plus loin je voudrais expliquer un peu cette absence. Le blog est souvent vu comme l'équivalent d'un journal personnel. Mais ce n'est pas ce que je souhaite, je ne veux pas le voir comme présentation à un public (non choisi puisque libre d'accès) de ma vie personnelle. Ce que je souhaite, c'est de présenter quelles activités sont réalisées au cours de ma coopération et aussi essayer de faire découvrir le pays d'un point de vue objectif. Et tout cela n'a rien de facile, d'autant plus qu'après un certain temps dans le pays je peux avoir l'impression de me répéter lorsque je parle de mes activités, et ce qui peut paraître "étranger" à vous, lecteurs, est devenu mon quotidien.

 

Avril

 

J'ai relativement bien commencé le mois d'avril. Deux jours d'hospitalisation pour déparasiter mon foie plein de vers. Ca a été l'occasion de faire de la lecture et de se reposer avec la clim', avoir la visite des coopérants de passages, bref on a pris soin de moi.

Le 18 avril, un ancien élève du père Jean-Yves, l'ingénieur Vilaire, nous a invité à Ti Bwa (Petit Bois). Nous avons visité deux installations importantes dans ce village : un bélier hydraulique qui alimente le village en eau, et des bassins de pisciculture où sont élevés des tilapia, poissons d'eau douce. Le bélier est installé depuis sept ans et fonctionne très bien. C'est un système qui remonte l'eau par l'action de l'eau elle-même donc ne consomme pas d'énergie. La pisciculture est lancée depuis un peu plus d'un an et semble bien marcher. Le but de ses installations est de permettre le développement de la communauté locale qui, au niveau de la taille, ressemble à Furcy. Ce fut l'occasion de prendre des idées et voir si ce ne serait pas adaptable dans nos mornes. A suivre…

 

Avec avril, c'est aussi le retour des pluies donc d'une activité accrue dans les pépinières. On manquait un peu d'eau pour produire des plants en grande quantité ce qui est dommage car les plantations reprennent. Cette année, j'essaie de travailler de façon plus ciblée, sur quelques ravines seulement pour faire un meilleur suivi, ce qui finalement ne change peut-être pas grand chose car je n'ai pas la possibilité de surveiller chaque chèvre de passage, ennemi potentiel de tout arbre en devenir.

Pour remédier à notre problème de manque d'eau lors de la saison sèche, le père Jean-Yves a fait construire une citerne qui récupère l'eau de pluie du toit du presbytère. Avec un peu plus de 40 mètre cube de réserve, nous verrons venir la prochaine saison sèche plus sereinement. Cette construction fut aussi l'occasion d'une bonne surprise, pour la première fois j'ai vu un boss (contremaître) travailler. D'habitude le boss est celui qui donne les ordres et regarde. On a donc profité de la présence de Tony (le boss) pour, dans la foulée, faire un dépôt pour nos outils de jardins.

 

Lors de ma visite à la Vallée de Jacmel, j'avais assisté à une démonstration de réchaud économe fabriqué à partir de seaux en métal. Ce type de réchaud permettant d'économiser à peu près 80 % de la quantité de bois nécessaire pour cuire. J'ai donc essayé d'en faire un moi–même avec les moyens du bord, c'est-à-dire avec un burin et un marteau pour découper la tôle. Pourquoi se donner tant de mal ? Pour être sûr que ce que je fais soit reproductible par n'importe qui car trop de fois on peut voir de beaux projets au coût impressionnant qui n'ont pas de suite dès que les développementistes s'en vont faute de moyens disponibles sur place. Après un premier essai concluant au niveau fonctionnement, j'ai profité de l'existence de groupe de micro-crédit pour les femmes afin de faire de la pub lors de leur rencontre mensuelle. Et pour être sûr de mon coup, j'en ai fabriqué un en publique et on s'en est aussitôt servi pour cuire des spaghettis, rien de tel qu'une bonne démonstration.

Maintenant, j'en suis au quatrième réchaud. Je les fabrique gratuitement à la condition qu'on m'apporte les matériaux, mais ce que je souhaite c'est que quelqu'un prenne la relève. Malheureusement ce ne sera plus gratuit à partir de ce moment là. Enfin il est assez difficile de trouver des seaux en tôle, le tout plastique étant roi.

 

 

Mai

 

Pour la fin du printemps, Mélanie et moi projetions de réaliser une journée de plantation à Furcy à laquelle les enfants de la Caritas participeraient. A l'automne dernier, ils avaient déjà eu l'occasion de découvrir Furcy et la pépinière, ainsi que de rencontrer les enfants du village. Mais il manquait l'aspect pratique le plus important qui est l'acte de plantation des plantules.

Cependant une journée sans préparation préalable risquait de perdre un peu de sa valeur sur le plan éducatif. C'est pour cette raison que nous avons choisi de faire une petite séance de formation sur l'environnement.

La séance de formation a eu lieu le lundi 7 mai après que les enfants soient rentrés de l'école et aient fini leur devoirs. Cette formation succincte portait sur les trois éléments importants de l'environnement que sont l'eau, la terre et l'air, ainsi que sur les trois acteurs que sont les animaux, les plantes et l'homme. Comme cette formation était un préalable à une journée de reboisement, l'accent a été mis sur l'importance de l'arbre en général.

 

Le mois de mai a aussi été l'occasion de clôturer le premier programme de reboisement avec le FAES (Fond d'Action Economique et Social) avec un peu de retard mais je l'ai déjà dis, ici le temps ne s'écoule pas à la même vitesse qu'en France. Nous allons donc pouvoir relancer un deuxième programme d'une année d'ici…bon j'évite les pronostics maintenant.

 

Souhaitant faire de la publicité pour notre activité de reboisement, nous avons profité d'une rencontre de la Conférence Haïtienne des Religieux dont les spiritains sont membres pour présenter notre programme. Nous espérons ainsi que d'autres congrégations copierons cette idée, surtout que beaucoup d'écoles privées sont gérées par des religieux ou religieuses.

 

Enfin, le mois s'est terminé avec un week-end DCC à Furcy où presque tous les coopérants se sont retrouvés. Nous avons même accueilli deux couples venus l'un avec le SCD et l'autre avec Fidesco. Ce fut l'occasion de partager nos expériences et d'essayer de comprendre ce qui marche, ce qui ne marche pas, et aussi de mieux se connaître les uns et les autres.

 

 

Juin

 

Le 2 juin dernier et suite à la formation du 7 mai a été organisée une journée de sortie à Furcy pour les enfants du centre Caritas de la paroisse St Antoine de Port-au-Prince. A cette occasion ont été planté plus de 400 plants de différentes espèces (caféiers, avocatiers, grevillea…). Les enfants du centre accompagnés de ceux de Furcy ont participé au transport des plants à l'aide de paniers portées sur la tête, et à la plantation proprement dite en fouillant les trous à la houe.

Cela a été l'occasion de partager quelques connaissances avec les enfants du centre Caritas. Certains sont issus de la campagne ("en dehors" comme on dit ici) et connaissent les noms des plantes et leur utilisation mais ceux nés en ville découvraient vraiment d'où venaient les légumes et comment ils poussaient.

Heureusement le groupe était petit car il n'est pas facile de contrôler des enfants "lâchés" dans la nature. Il a fallu leur dire et redire de respecter les jardins dans lesquels on plantait et de ne pas abîmer les légumes qui étaient là. Mais pour quelqu'un qui ne connaît pas comment savoir que ce sont des carottes que l'on abîme lorsque ce sont seulement les feuilles qui sont apparentes.

Après cette séance de "classe verte", a été organisée par les enfants de la Caritas une petite pièce de théâtre avec pour spectateurs les enfants de Furcy. Moment de détente et original ici car les événement "culturels" sont plutôt rares.

La journée a été clôturée par un repas pris en commun avant un retour sur Port-au-Prince de bonne heure afin d'éviter la pluie qui nous a finalement rattrapé. Ce qui donna lieu à quelques exercices de sport. Il a fallu par deux fois pousser les pick-up sous la pluie pour monter deux côtes un peu glissante au sortir de Furcy.

 

J'avais parlé d'un système de parrainage pour aider les enfants des pépinières à payer leur écolage. C'est effectivement commencé, ce sont 17 enfants de l'école méthodiste qui ont été aidés pour terminer de payer l'année 2006. La somme versée représente un total de 8765 gourdes (soit 175 euros). Pour l'année 2007, les demi-bourses seront versées en priorité au enfants les plus réguliers dans les pépinières et à ceux qui ne vont pas à l'école. On devrait ainsi pouvoir en aider une cinquantaine.

Je pensais cependant à système plus complexe vu dans une autre école près de Jacmel dans le sud. C'est une école suivi par une association française où une famille en France parraine un enfant tout au long de sa scolarité ici. Le problème n'est pas que ce système est lourd à mettre en place, mais je cherche toujours quelqu'un capable de gérer honnêtement l'argent et malheureusement le sérieux des écoles de Furcy laisse à désirer. Ce type d'aide sera donc ponctuel le temps de mon passage ici, c'est mieux que rien mais cela ne peut me satisfaire.

 

 

Juillet

 

Ayant pris goût à l'hôpital en avril dernier, j'y suis retourné pour trois jours début juillet pour me réhydrater. Pas de parasites dans le foie cette fois-ci mais seulement une infection due à des bactéries, il semble que je commence à avoir les intestins fragiles…Je suis donc obligé de contrôler de plus près ce que je mange ce qui n'était pas vraiment dans mes habitudes auparavant.

 

Ce moi-ci a aussi vu la réinstallation des panneaux solaires sur le toit, ce qui est bien pratique, plus de génératrice à mettre en marche.

 

Port-au-Prince aussi change. Des poubelles apparaissent dans les artères principales de la capitale et ce qui est encore mieux c'est que les gens s'en servent. Il y a donc une amélioration de la salubrité publique ce qui n'est pas un luxe.

Autre fait remarquable, l'apparition de feux de signalisation dans les carrefours principaux. Finie (ou presque) l'anarchie au volant. La encore c'est respecté et cela permet d'affecter les policiers à d'autres activités que celle de régler la circulation dans les carrefours. La circulation semble un peu plus fluide mais ce n'est peut-être que parce que ce sont les vacances scolaires.

 

Bref, d'infimes changements apparaissent, souhaitons que ce soit toujours dans le bon sens et que cela continue.

 

A bientôt pour d'autres nouvelles plus récentes.

 

Gérard

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Lundi 23 avril 2007

Carnaval à Jacmel

 

        Habituellement, le carnaval se déroule pendant les trois jours gras précédant le mercredi des cendres. Mais pour la ville de Jacmel, il y a un carnaval national qui a lieu une semaine avant. C'est un carnaval réputé pour ses déguisements hauts en couleurs et sa bonne ambiance, plus calme que celle de Port-au-Prince. Cette année, j'ai eu l'occasion d'y participer, ainsi qu'au carnaval proprement dit qui a lieu une semaine après.

J'ai été impressionné par le premier carnaval de Jacmel, surtout par le défilé des bandes déguisées. Commençant à midi, le défilé se terminait peu après six heures. Le thème de cette année était "solèy leve" (soleil levé), mais les déguisements sont plus ou moins au goût de leur créateur et certains sont récurrents d'une année à l'autre. On pouvait voir les traditionnels dragons ailés, ou bien les esclaves enchaînés enduits de peinture noire qui aiment se frotter à la foule…Mais d'autres thèmes étaient aussi abordés tels que la mer, avec les déguisements de poissons, de pieuvres, sirènes et autres de Mario, artiste au sourire perpétuel. Ou encore, les plantes, fruits, légumes, animaux sauvages…

Le second carnaval avait l'avantage d'accueillir moins de personnes tout en gardant un petit défilé de masques. Les trois jours gras sont surtout marqués par les bandes à pied et les chars. Les bandes à pied sont des groupes de musique défilant dans les rues avec des instruments traditionnels : vaccine (tube de bambou), cornet (un cuivre très simple), grage ( ou guiro en français, une percussion). Chaque bande a son nom et ses fidèles, elle représente souvent un quartier de la ville. Elles sont là pour jouer les meringues, rien à voir avec la pâtisserie, c'est le nom donné aux airs de musique de carnaval. Les chars, eux, sont de gros camions surmontés d'une structure en bois accueillant un artiste ou un groupe et une grosse sono.

 

Jacko et Sébastien

 

Le carnaval de Jacmel a aussi été l'occasion de rencontrer Jacko le clown et Sébastien le magicien. Jacko est le fondateur québécois (attention à ne pas dire canadien) de clowns sans frontière au Québec. Ils sont venus passer trois semaines en Haïti afin de jouer gratuitement dans la rue ou pour des groupes et apporter un peu de rire et de rêve.

Je me rappellerai toujours de Jacko ému jusqu'au larme devant le défilé des chars et bandes à pied entourés par la foule en transe dans la rue, me disant la gorge serrée "nous, on est loin de ça" (dans le sens, il nous manque quelque chose). C'est difficile de vous l'expliquer. En fait, ce qui nous remue c'est ce contraste de pauvreté, difficulté de la vie avec ce défoulement, cette joie incontrôlée du carnaval à laquelle on se joint inconsciemment.

Les clowns ont ce don de toujours apporter de la magie et de l'émerveillement avec eux. Et j'ai pu les voir à l'œuvre après le passage des chars lorsque la rue était moins encombrée. Les voir faire briller les yeux des enfants et des plus grands en créant quelques objets éphémères à partir de ballons : vélo, collier, chien… ou bien avec quelques tours de passe-passe. L'effet est d'autant plus fort ici dans ce pays où la frontière entre la magie et la réalité est encore floue parfois.

 

Passage de Serge et Carole

 

La fin du mois de février a aussi été l'occasion du passage du chargé de mission de la DCC, Serge. Il a passé trois semaines en Haïti pour visiter les coopérants et étudier l'éventualité de certaines ouvertures de poste. C'est le 24 et 25 février que Serge, accompagné de Carole une coopérante infirmière à l'hôpital Charles Pasqua de Vieux Bourg d'Aquin, est venu à Furcy (vous pouvez voir un article sur ce passage sur le blog de Carole). Nous avons discuté de ce qui a été fait depuis un an et aussi de ce qui ce fera. Surtout, nous avons abordé la possibilité de ma prolongation de contrat pour un an. Jean-Yves et Serge y sont favorables, je n'attends plus que la réponse de la DCC. Cette prolongation me permettrait d'une part de réaliser un meilleur travail auprès de la communauté de Furcy, car l'insertion prend du temps. D'autre part, cela me permettrait de suivre le programme du Service Chrétien, avec lequel je travaille depuis octobre, jusqu'à son terme.

Serge et Carole ont découvert le nouveau presbytère et son panorama, l'église et sa décoration haïtienne, pour leur plus grand plaisir. Mais venir à Furcy est toujours un plaisir, d'ailleurs je vous y attends…

 

 

 

Mars

 

La vallée de jacmel

 

Au cours de la deuxième semaine de mars, Jean-Yves et moi avons pris une petite semaine de détente dans la zone de Jacmel. Nous avons été accueilli chez un ancien élève de Jean-Yves, Monseigneur Poullard évêque du diocèse de Jacmel lui aussi défenseur de l'environnement. J'ai été impressionné par son jardin luxuriant et boisé, riche de diverses espèces d'arbres fruitiers courants ou devenus rares.

Ce fut aussi l'occasion de visiter la communauté des sœurs spiritaines de Jacmel, ainsi que Benjamin et Ségolène, deux coopérants français.

Mais nous étions venus pour une raison autre que le tourisme. Nous avions rendez-vous en fin de semaine à Ternier, près de la Vallée de Jacmel. L'école nationale de Ternier est liée à une association française appelée "Association Ti Moun". Cette association possède plusieurs activités dont le parrainage des enfants pour aider à financer l'écolage, mais aussi la fabrication de fours à bois économes. Nous avons donc pris contact avec les membres de l'association qui étaient présents, appris comment fonctionne le parrainage et découvert les fours économe, leur construction et fonctionnement.

Il ne nous reste plus qu'à faire faire tâche d'huile à ces bonnes idées…

 

Vol des panneaux solaires

 

Au cours de cette même semaine, un événement totalement imprévu et fâcheux s'est produit. Alors que nous étions arrivés à Jacmel depuis un jour, le fils de notre gardien de Furcy nous appelle au petit matin pour nous avertir que tous les panneaux solaires du presbytère ont été volés. Consternation, déception, découragement passager…est-ce que Furcy mérite nos efforts pour essayer d'améliorer son ordinaire ? Jean-Yves et Habens, le vicaire, n'abandonnent pas. Le commissariat de Kenscoff est rapidement mis au courant, mais surtout Habens va secouer la population de Furcy lors de son prêche le dimanche suivant critiquant sévèrement la passivité et "l'omerta" locale qui empêchera tout développement de la zone…La bonne surprise a été la réaction des gens qui se sont mobilisés dans les jours suivants…quatre des voleurs ont été arrêtés et quatre panneaux sur les vingt retrouvés. Mais le plus important c'est que les habitants retrouvent une certaine solidarité et unité entre eux ainsi qu'une confiance dans la police locale et un soutien auprès de la paroisse. Malgré tout le bilan n'est pas négatif !!!

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 26 février 2007

Travail

 

Le mois de janvier a été trop calme à mon goût quant au travail. Mais, il se trouve que le financement pour l'année 2006 est terminé et que le dossier pour l'année à venir était dans les mains du père Jean-Yves parti en vacances. Nous n'avons toujours pas de financement pour cette année mais ça devrait venir.

On va profiter un peu du temps disponible pour revoir le fonctionnement des pépinières. Ce sont surtout les pépiniéristes qui posent problèmes. Si on ne les surveillent pas, ils en font le moins possible, sauf un qui est très consciencieux. Et les remplacer n'est pas simple, car il faut trouver quelqu'un de mieux ce qui n'est pas évident, et surtout éviter les problèmes de jalousie, ce qui l'est encore moins.

 

J'ai surtout profité de mon temps libre pour participer à différentes réunions avec le Service Chrétien dans les cinq sections communales de Kenscoff, pour présenter l'organisme et mettre sur pied des pépinières modèles. Ca me permet aussi de connaître beaucoup plus de personne et éventuellement de recruter des écoles qui seraient volontaire pour entrer dans le programme du père Jean-Yves.

 

Retour du père Jean-Yves

 

Le père Jean-Yves est de retour depuis le 11 janvier. Mais il est resté à Port-au-Prince depuis cette date pour convalescence. Dès le lendemain de son retour il est resté couché, très malade. Il avait une infection à la jambe, d'origine toujours inconnue, qui le clouait au lit par la douleur. On a tous eu peur que ce soit une phlébite après le voyage en avion, heureusement c'était moins grave mais impressionnant par le gonflement.

La convalescence est presque terminée mais aura demandé trois semaines quand même.

 

Utilisation des fonds de Noël

 

Des fonds ont été récoltés sur la paroisse de Domfront à l'attention de moi et Mélanie. Leur utilisation sera au bénéfice des enfants de Furcy et du foyer de la Caritas de Port-au-Prince. Pour Furcy, je vais rechercher à apporter un soutien financier en payant l'écolage de plusieurs enfants qui, en retour, travailleront obligatoirement dans les pépinières. Quant aux enfants de la Caritas, l'argent nous permettra d'organiser au printemps une journée où ils aideront les enfants de Furcy lors d'une séance de plantation d'arbres et pourront jouer au foot avec eux.

 

Port-au-Prince

 

La situation à Port-au-Prince s'est améliorée par rapport à décembre. Toutes les écoles avaient fermé une semaine avant les vacances de Noël pour cause de menaces de kidnapping trop élevée. Le gouvernement a donc été obligé de renforcer la sécurité pour ne pas que la situation dégénère. La police est beaucoup plus présente et des unités spéciales aidées de la Minustah (ONU) font le nettoyage des zones sensibles (Cité Soleil…). Evidemment cela ne se fait pas de la manière douce mais il n'y a plus guère le choix. Le président a autorisé à ce que les kidnappeurs soient tués lorsque pris sur le fait pour éviter de passer par une justice corrompue. Bien entendu, les Droits de l'Homme ne sont pas respectés mais il y a des fois ou il faut choisir le moindre mal. C'est malheureusement le cas en ce moment.

 

On ressent aussi l'augmentation de la sécurité par la participation en masse de la population aux défilés des chars (camions chargés d'enceintes) du carnaval qui ont lieu chaque dimanche jusqu'aux trois jours gras. Contrairement à l'année passée, j'y prends part afin mieux comprendre le pays et les gens. C'est surtout que maintenant je peux parler créole et j'ai des amis haïtiens, habitués du carnaval, avec qui sortir dans la foule.

C'est assez impressionnant, on peut ressentir toute la tension accumulée dans l'année ressortir pendant ces quelques heures de défoulement général chaque dimanche, exutoire du ras-le-bol, de la misère, de la peur… Petit conseil aux débutants : attention à la police qui donne du bâton sans distinction lors des bagarres.

 

Vivement février pour le carnaval proprement dit !

 

Je vous embrasse

 

Gérard

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Lundi 8 janvier 2007

             Lorsque je suis parti en coopération en janvier 2006, nous étions tout un groupe à suivre la formation au départ avant de nous séparer pour rejoindre des destinations très variées aux richesses et contraintes qui leur sont propres. Je suis resté en contact avec plusieurs de ces coopérants dont un de mes meilleurs amis de promotion parti en même temps que moi. Damien est à Alger depuis bientôt un an où il travaille principalement avec les candidats à l'émigration. Il nous a fait parvenir un texte très personnel sur sont vécu en Algérie qui mérite d'être partagé avec vous. Je vous laisse lire et réfléchir.

 

"Sur la photo l'on voit de profil, un couple d'Européens certainement,  en maillot de bain sous un parasol, scrutant en amoureux l'horizon sur une plage de sable fin dans un cadre verdoyant. Un peu surprenant de trouver cette photo dans la revue Réfugiés éditée par le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations Unis. Et en y regardant de plus près on peut observer, à l'arrière plan, un tas de frusques comme la mer en charrie souvent. Et puis en y regardant de plus près, on fronce les sourcils, on sent comme un grand vide qui se crée dans son abdomen: c'est bien une main au bout d'un bras dénudé, de couleur noire qui dépasse de cet amas. Il s'agit d'un cadavre rejeté par la mer sur cette plage de plaisance, après qu'une énième embarcation de fortune ait chaviré au large. Cette photo a été prise aux Canaries, nouvel objectif des migrants clandestins d'Afrique depuis que le détroit de Gibraltar et les enclaves espagnoles au Maroc sont devenues inaccessibles. Ces images il y en a de nombreuses dans les journaux ou les magazines, morceaux de papier dans nos mains bien loin de la réalité et en fait tellement impersonnel, images que l'on essaye d'oublier assez vite, peut-être un peu honteusement, en se replongeant le plus vite possible dans notre quotidien, en essayant de se justifier en recensant tous les problèmes plus personnels qui nous tracassent et toutes les choses qu'on a encore à faire. "Après tout c'est l'affaire des politiques."  Pour moi, c'est devenu un peu différent depuis maintenant presque un an: peut-être que ce gars-là je l'ai déjà eu en face de moi, peut-être que j'ai écouté une partie de son histoire, peut-être que j'ai même fraternisé avec lui ou donné un petit quelque chose pour qu'il trouve de quoi manger pendant quelques jours. Peut être que j'ai fermé la porte derrière lui lorsqu'il a quitté mon bureau en lui disant "bonne chance".

 

Déjà presque un an que je reçois chaque jour de la semaine ces hommes et ces femmes qui ont quitté leur pays pour atteindre cette fameuse Europe ou tout du moins une terre où tout brille de mille lumières, où il paraît qu'il règne la paix, la justice et la prospérité, apanage d'une minorité d'habitants de cette planète qui ont eu un peu plus de chance que les autres de naître dans cet endroit. Et pourtant il m'a fallu tout ce temps pour sentir en moi la légitimité de réagir sur le sujet de la migration que nous, européens, jugeons clandestine et donc illégitime. Je pourrais vous parler des cas les plus critiques, de Félix, Camerounais atteint d'une leucémie, que nous avons dû rapatrier en urgence pour qu'il puisse mourir quelques heures après son arrivée dans son pays, en paix, entouré des siens, après tant de souffrance ; de Bala, Malien sur lequel s'est effondré un mur sur le chantier où il travaillait clandestinement, sectionnant sa moelle épinière et qui a croupi dans les hôpitaux pendant des mois, sans que personne ne veuille le soigner parce qu'il était clandestin ; je pourrais vous parler de ce petit couple de Libériens, les yeux pétillants de vie, elle est enceinte, les analyses lui ont dépisté la syphilis, le test HIV est en attente. Mais je vais me limiter à la description de ma visite dans les rochers de Tamanrasset au sud de L'Algérie, de la description du quotidien de ce qui se mettent en route pour rejoindre l'Europe. Si pour les Européens Tamanrasset signifie les grands espaces montagneux et désertiques, les plus beaux couchés de soleil, pour la plupart des Africains subsaharien en route vers l'Europe, Tamanrasset est un point de passage obligatoire durant la traversée du désert du Sahara. Les rochers de Tamanrasset, il s'agit de l'expression que l'on utilise pour désigner les collines rocailleuses où se réfugient ces voyageurs pourchassés par la Police. On m'avait déjà alarmé sur la misère de ces gens. Je voulais voir ce qu'il en était.

Vers 16h j'accompagne donc la sœur Martine, française vivant là-bas et deux pères, Anselm et Guy, respectivement  tanzanien et burkinabé, à la rencontre des migrants de Tamanrasset. Nous n'avons pas encore complètement quitté la ville que nous apercevons déjà ces fameux rochers parmi lesquels se dessinent quelques silhouettes humaines. Mais Martine nous invite à continuer. Nous suivons l'oued, qui fait malheureusement office de décharge. Nous marchons ainsi plusieurs kilomètres parmi les tas de gravats et de détritus en tout genre, mais le chemin que nous empruntons serpente très nettement jusqu'à l'horizon parmi ce fourbi. Jusqu'à ce qu'apparaisse, s'avançant dans notre direction une première silhouette ; il nous faut quelques minutes pour arriver à sa hauteur. Nous essayons de rentrer en contact, ce qui se fait finalement assez facilement. Il s'agit d'un Nigérian. Après la présentation de chacun d'entre nous nous entamons la discussion. Déjà 10 mois qu'il habite dans les rochers, parce qu'il n'a pas d'argent pour continuer ou rentrer chez lui. Sa veste en sky est déchirée au niveau d'une manche, ses chaussures de sports sont trouées et son jean est passé de mode depuis bien longtemps. Il se rend en ville pour acheter quelque chose à manger, à la tombée de la nuit, il se fait moins remarquer en ville. Quel est son projet ? "J'attends que ma famille m'envoie de l'argent"… Déjà 10 mois qu'il attend. Nous lui demandons notre route. Il nous invite à continuer le long de l'Oued, "là-bas nous sommes très nombreux, il y a le camp des Libériens, le camp des Nigérians et celui des Ghanéens." Nous lui souhaitons bonne chance et chacun continue sa route. Nous croisons ainsi de nombreux jeunes, les uns à Tamanrasset depuis peu de temps, certains depuis plus d'un an. Des Ghanéens nous racontent qu'ils se sont fait rouler par les passeurs qui devaient les conduire en Libye où ils sont autorisés à travailler: ils les ont abandonnés à Tamanrasset (qui n'est pas sur le chemin de la Libye d'ailleurs). Au détour d'un méandre de l'oued nous arrivons enfin près de ce qui semble être un premier campement. Nous sortons de l'oued, notre arrivée a déjà été annoncée, la communauté s'est regroupée pour nous recevoir. "Bonjour", ils nous répondent, les regards sont méfiants, nous nous présentons comme des membres de l'Eglise. Celui qui tient le rôle de chef nous questionne un peu tandis que les autres attroupés derrière lui nous déshabillent du regard. Ils parlent français, mais ne nous révèlent pas leur nationalité. Des échanges entre eux se font en dialecte, Guy le Père Burkinabé qui nous accompagne ne s'y trompe pas: il s'agit de Sénégalais. La confiance s'installe très vite finalement et chacun est heureux de pouvoir raconter son histoire. Le chef nous raconte qu'il est ici depuis 3 mois, il a des amis en France qui l'ont persuadé de faire le voyage. Nous leur demandons s'ils ont des problèmes avec la Police: "Quelques fois il y a des descentes, ils viennent avec des chiens, ils ramassent tout le monde et nous emmènent jusqu'à Tinzaouaten à la frontière malienne (ces déportations se font dans des conditions très difficiles, debout dans des camions sur plusieurs centaines de kilomètres sur les pistes chaotiques et la chaleur du désert. Il y a déjà eu des accidents graves, des morts, enterrés à la va-vite au bord de la route ; c'est la hantise de tous les migrants, car ce village à la frontière est en plein désert et il n'y a presque rien. Ces gens sont lâchés là sans aucune ressource, toute nationalité confondue, il y a même eu des Pakistanais récemment) – Certains d'entre vous on déjà été déportés ?" Plusieurs me répondent que oui, l'un déjà à deux reprises: "Là-bas c'est la mort". – Et, ici, comment vous faîtes pour trouver à manger ? "Quand tu vas en ville il faut faire très attention" Celui qui fait office d'Imam nous raconte que le matin même son ami a été attrapé et que lui-même a pu fuir de justesse. "Quand on va en ville, dans les boutiques, il y en a un qui reste dehors pour surveiller la rue". Mais comment vous trouver de l'argent: "C'est très difficile, parfois on travaille, mais il faut faire très attention, on est payé 250 dinars par jour (environ 2€20, une misère même en Algérie), mais une fois sur deux le patron nous dit à la fin de la journée de dégager car il n'a pas d'argent. Qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, on est clandestin ! Alors des fois on est obligé de vendre notre passeport. On mange un petit pain par jour, c'est tout" Martine s'inquiète des possibilités de trouver de l'eau "on a creusé au pied d'un rocher où l'eau suinte". Ils nous mènent jusqu'à cet écoulement "On a dû changer d'endroit car le premier est souillé" – "Et vous n'êtes pas malades ?" – "Les nouveaux sont malades et couchés pendant deux ou trois jours après ça va à peu près." Nous croisons ici des Nigérians qui viennent puiser un peu d'eau. Leur camp est un peu plus loin. L'un d'eux semble très malade, mais ne le reconnaîtra que bien plus tard lors d'une discussion seul à seul avec le Père Anselm. Le ciel commence à s'assombrir, à l'horizon des nuages cachent le soleil couchant. J'ai quelques légers frissons, même si mon pull est assez épais. Je me rends alors compte que la plupart sont en T-shirt, ils n'ont même pas de veste. Je me rends compte que certains sont tremblants de froid. La plupart portent des habits crasseux et déchirés. Ils portent presque tous ces fameuses sandales en plastiques fabriqués en Asie, très bon marché mais dont la résistance est lamentable: chez certains il manque un morceau, chez d'autres elles sont rafistolées avec du scotch… Une misère comme je n'en avais jamais vu auparavant."Vous n'avez pas pensé à rentrer chez vous avec toute cette souffrance ?" – "Si, mais avec quel argent ? De toute façon on est plus loin de chez nous que de l'Europe." Lorsque nous leur annonçons qu'il reste plus de 2000 km à parcourir, ils sont surpris, mais ils ne changent pas d'avis:"Moi, j'ai une femme et trois enfants au pays, pour faire le voyage j'ai dû vendre la vache que j'avais, alors si je rentre, on sera plus pauvre qu'avant, plutôt mourir ici !" "La saison des pluies a encore été mauvaise cette année, je ne peux pas rentrer." Cette dernière phrase m'a beaucoup marqué. Je crois qu'elle montre tout l'étendu de cette folie: des hommes de la terre, des petits paysans, dans le sens noble du terme, qui certainement ne sont jamais allés au-delà de la petite ville la plus proche de leur village, qui certainement ont entendu des échos d'anciens membres de leur communauté ayant réussi, il y a quelques années à atteindre l'Europe, qui ont dû voir quelques images de l'Europe à la télé, se sont lancés sur la route avec les économies de leur famille parfois de leur village sans trop savoir ce qui les attendait. Ils ont parcouru des kilomètres à travers le désert, connaissant très mal l'itinéraire à suivre, assis à plus de 20 à l'arrière d'un pick-up (il faut l'avoir vu pour le croire), pris en otage par les passeurs qui font constamment monter les prix sous menace de les abandonner dans le désert. En repartant nous croiserons deux Libériens qui nous racontent être presque devenus fous lorsqu'un des leurs s'est laissé mourir durant la traversés, trop fatigué. Tout ça pour en arriver là. Certains parleront de camps ou de bidonvilles, voire de grottes, je crois que ces termes sont bien optimistes, car je n'y ai vu ni tente ni taule ondulée ni autres matériaux que l'on a coutume d'employer pour s'abriter. Parfois quelques morceaux de plastique, au mieux une bâche déchirée et quatre bâtons. Lorsque nous sommes repartis, il faisait nuit et le froid nous faisait accélérer le pas pour rentrer. Nous avons croisé des gens jusqu'à l'entrée de la ville. Les derniers nous saluèrent avec cette phrase "Merci pour votre considération pour nous".

Voilà ce qui se passe aux portes de l'Europe, c'est à peu près la même chose au Maroc, à Alger et très certainement en d'autres endroits. Ce que j'ai vu là-bas, ce que je vois ici à Alger, le résumer à des mots, des phrases, est très loin de ce que l'on peut percevoir quand on est face à ces réalités. Voilà le message d'accueil que nous réservons à ces gens. Les conditions de vie des migrants se sont fortement aggravées ces deux dernières années, depuis que l'Europe exerce une forte pression sur les pays du Maghreb, pour que ces derniers pratiquent la chasse aux migrants, pour que ces derniers fassent le sal boulot, ce qui n'était pas du tout le cas il y a quelques années. Tous les jours les droits de l'Homme les plus élémentaires sont piétinés.  29 000 clandestins ont atteint les îles Canaries cette année, dernier véritable passage envisageable par les migrants africains, malgré les nombreux dangers. Que sont 29 000 personnes pour l'ensemble de la population d'Europe ? Que sont 29 000 personnes pour les 60 millions de Français que nous sommes ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup de mettre en place des lois de plus en plus drastiques ? Est-ce que cela vaut vraiment le coup d'en faire l'un des principaux sujets des campagnes électorales? Est-ce que cela nécessite la mort d'êtres humains dans le désert ou en mer ? Des gens meurent pour venir chez moi, c'est de cette façon que doit s'exprimer mon hospitalité ? Cette réalité m'est tous les jours d'avantage insupportable. Parmi nous, Européens, quasiment tout le monde a déjà voyagé, visité d'autres pays, est curieux de découvrir le monde ; certains d'entre nous travaillent ou ont travaillé à l'étranger. Avez-vous subi de tels traitements ? En plus nous avons la chance de choisir, nous vivons convenablement chez nous. La plus grande partie des migrants provenant d'Afrique subsaharienne fuit la guerre, la misère, est fatiguée du chômage et de la corruption qui minent leur pays, fatiguée de voir leurs gosses avoir faim, se pose la question "pourquoi est-ce que moi aussi je n'aurais pas droit à mon morceau de prospérité ?". La France est un creuset de gens aux origines tellement hétéroclites, je ne vais pas vous faire un cours sur les différentes vagues d'immigration qu'a connues mon pays. Moi-même je suis né en Alsace, de quel pays sont mes ancêtres ? Français, Allemands, Germains, peut-être Suédois, peut-être Romains, peut-être d'un tout autre endroit ? Toutes ces vagues d'immigrations m'ont laissé un héritage, ont construit mon pays ? Je crois que c'est faire injure à mes ancêtres que de fermer les frontières de mon pays. Bientôt vous serez amené à voter: pensez aux égarés de Tamanrasset, pensez au message que vous voulez adresser au monde dont vous êtes un citoyen avant tout, pensez aux témoignages d'hospitalité et de solidarité que vous voulez porter.

 

Damien Geldreich"

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 8 janvier 2007

Premier Noël en Haïti

 

Il est difficile de vous décrire un Noël traditionnel en Haïti parce que je ne l'ai pas passé dans une famille. Mais je peux vous parler de mon expérience qui ne fut pas ordinaire.

 

          La journée de Noël commença par la messe à l'église de la paroisse St Antoine, cette messe est spécialement dédiée aux enfants des rues. Quelques uns d'entre eux sont présents avec plus ou moins d'ordre. Certains reconnaissent Mélanie et viennent la saluer. D'autres ne sont présents qu'en partie, le crack, la colle et la marijuana ont leurs victimes à tout âge.

Une fois la messe finie, Mélanie et moi rejoignons le centre de la Caritas où a lieu "Noël chaud". Les enfants de plusieurs "bases" des rues viennent prendre un repas chaud et il y a quelques activités d'organisées à leur attention : concours de chant, etc…. Nous même donnions un coup de main pour préparer le repas. La préparation en elle-même n'est pas vraiment un problème, quoique, c'est plutôt pour la distribution qu'il faut être préparé. Malheureusement, cette fois-ci, la quantité de nourriture prévue n'était pas adaptée au nombre d'enfants, de jeunes et moins jeunes présents, car certains viennent au centre après l'âge limite pour continuer à profiter de certains avantages. Cela se fait d'autant plus facilement que l'entrée n'est pas toujours bien contrôlée. Le problème avec les plus grands, c'est qu'ils ne sont pas contrôlables comme le sont les petits et qu'ils peuvent s'énerver très vite. Ce qui devait arriver est arrivé, du fait que certains n'étaient pas servis à temps, une bagarre a éclaté. Heureusement il y a quelques anciens jeunes sortis du centre qui étaient là pour remettre de l'ordre plus ou moins violemment. Pendant ce temps je suis resté à discuter avec les jeunes (ou moins jeunes) des rues, manger dans leur assiette pour leur montrer qu'on est tous les mêmes et ça c'est très important, prendre ma petite dose d'adrénaline à côté de la bagarre, mais personnellement je ne peux pas partir, dans ces cas là j'ai besoin d'être là pour échanger, comprendre...

 

Jour de l'an

 

Le jour de l'an a été l'occasion d'inviter quelques coopérants et amis haïtiens à Furcy. Il y avait Linda et Sylvain, coopérants SCD à Verettes, Marianne et Vincent, coopérants SCD à Port-au-Prince, Mélanie, Fricot, un enfant de la Caritas qui n'est pas retourné dans sa famille pour Noël car on ne la connaît pas, Johnson, étudiant en art, et Shiller qui travaille avec les enfants des rues.

Ce fut l'occasion de faire un peu plus connaissance les uns avec les autres et aussi de profiter d'un petit "bal" organisé au village mais terminé trop tôt faute de participants. Ici, le plus gros des festivités a surtout lieu le premier janvier qui est aussi le jour de la fête de l'indépendance.

 

Et bien que nous soyons sous les tropiques, cette fin d'année n'est pas chaude, du moins pour Furcy. Même si la neige ne soit pas au rendez-vous, le thermomètre descend au-dessous de quinze degrés la nuit et je supporte parfois un pull le jour. L'avantage est que Port-au-Prince est devenu plus supportable pour moi avec moins de trente degrés.

 

Travail

 

Ma collaboration avec le Service Chrétien me prend de plus en plus de temps. Nous avons déjà visité deux sections communales, Grand Fond et Bongars (pour cette dernière, 4 h de marche aller, autant au retour), afin de présenter l'action du Service Chrétien et de former des pépiniéristes bénévoles qui seront amenés à travailler sur une pépinière modèle pour la section communale. Ces rencontres sont intéressantes pour connaître la motivation des personnes et les besoins de la zone au niveau reboisement.

Je profite aussi des séminaires de formation des maîtres d'école pour prendre contact avec les personnes les plus motivées et essayer de lancer des pépinières scolaires. C'est aussi un moment privilégié pour avoir un aperçu du niveau des instituteurs. Aucun n'a suivi de formation spécifique et l'apprentissage s'est fait sur le tas. Mais on remarque assez vite ceux qui ont de l'expérience ou qui ont eu la chance de suivre quelques formations de courte durée sur l'enseignement aux questions qu'ils posent. Autant dire qu'on est loin d'avoir un vrai enseignement dans le pays avant longtemps, surtout lorsque les instituteurs diplômés restent en ville. Mais une mauvaise école est toujours moins mal que pas d'école du tout.

 

Pour ce qui est de mon essai de production de plants de pomme de terre, si la première récolte était encourageante, la seconde risque d'être très décevante à cause d'une fin d'année trop pluvieuse qui a fait perdre une partie importante des plants. Un autre problème est que nous manquons de terre pour transplanter nos plants.

Mais, j'ai récemment rencontré un agronome de Kenscoff qui dispose de 4 carreaux (soit 5 hectares) de terre disponibles pour faire des essais et nous allons essayer de travailler ensemble sur ce projet.

 

Vaudou

 

Enfin, Michel, dans un commentaire, me pose la question de la place du vaudou en Haïti. C'est une question complexe. Furcy, car c'est ce que je connais, n'est pas une zone où l'on peut voir de grandes cérémonies vaudou. Il m'arrive seulement d'entendre un tambour jouer pendant la nuit sur des rythmes se rapportant au vaudou.

Mais les choses ne sont pas simples. Car même s'il n'y a pas de vaudouisants déclarés, on peut presque dire que la plupart des personnes sont vaudouisantes. Elles le sont par le fait que le vaudou et le catholicisme sont tellement imbriqués ici qu'il n'est pas facile de faire la part des choses surtout lorsqu'il s'agit de tradition.

Personnellement, je n'ai pas encore assisté à une cérémonie vaudou, mais j'y compte bien dès que l'occasion se présentera. Je vous en parlerai plus à ce moment, tout en sachant qu'un non initié ne participe jamais à la totalité de la cérémonie et que tout ne lui est pas expliqué. Et si vous voulez des informations plus détaillées, il est plutôt bon de lire un livre tel que "dieu dans le vaudou haïtien" de Laënnec Hurbon, car un article ne me suffirait pour essayer d'expliquer l'histoire du vaudou et du catholicisme en Haïti.

 

Donc, n'hésitez pas à poser des questions dans les commentaires et j'essaierai d'y répondre dans la mesure du possible. Ca me permet d'avoir un contact un peu plus interactif.

 

Pour finir, j'en profite pour souhaiter une bonne et heureuse année 2007 à ma famille, mes amis, tous mes lecteurs et leur entourage.

 

Amicalement à tous,

 

Gérard

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander

Images aléatoires

  • sscn2380.jpg
  • dscn3368.jpg
  • imgp1475.jpg
  • sscn2379.jpg
  • imgp0888.jpg

agenda

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

Recommander

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus