Mercredi 12 juillet 2006

Bonjou tout moun

 

Désolé de vous avoir abandonnés pendant quelques temps, mais il y a de petits problèmes de serveur internet ici. Je vais donc résumer rapidement les trois semaines passées.

             Avec la fin de juin sont arrivées les vacances scolaires, une aubaine, et oui les enfants sont plus disponibles, on peut faire deux combites (travail de groupe ou corvée) de plantation par semaine et faire plus de semis. Je vous avais parlé d'une pépinière de pomme de terre, elle semble en bonne voie si les pluies, qui peuvent être torrentielles, n'emportent pas les buttes avant la récolte. Si, si, ça arrive, un paysan a ramassé, il y a peu, tout ses plants en bas de la parcelle pour les replanter parce qu'un orage a tout balayé.

A cette même époque, la vie du village a aussi ralentie temporairement, surtout à midi et à 15 h, l'es horaires des matchs de coupe du monde. Ici, on est fanatique de foot et surtout de l'équipe du Brésil, à grand renfort de drapeaux, T-shirt et autres attributs. Je n'ai pas besoin de dire quelle fût la déception lorsque les Bleus ont éliminé les joueurs de la Séléçao. Les supporters sont donc devenus anti-français, manifestant leur joie lors de la victoire de l'Italie, enfin timidement car si le Brésil avait été en final, l'euphorie aurait régné dans tout le pays. Pour souligner à quel point les matchs du Brésil sont importants, lorsque ceux-ci ont lieu toute activité s'interrompt. Eh oui, les carreleurs du presbytère sont tout simplement allé voir le match, quittant le chantier.

Parlons en de ce chantier, il prendra éventuellement fin avant le début d'août mais ne nous risquons pas à ce genre de pronostics….après déjà quelques neuf mois de retard.

De toute façon le temps ne compte pas ici, en voici un petit exemple. Il y a deux semaines, j'accompagnais Philistin et Occius à Mahotière, une chapelle de Furcy, pour prendre des mesures afin de déterminer la quantité de matériaux manquant pour terminer une église en construction. Deux, petites heures de marche dans une vallée que je n'avais pas encore visitée, petit paradis de la mangue, tellement abondante ici qu'on la donne aux cochons, vrai de vrai, d'ailleurs on est revenu avec un plein panier mais c'est le panier qu'on a acheté car on nous a donné les mangues… Nous arrivons au village pour rencontrer le directeur de chapelle local et les boss (artisans) maçons et charpentiers…personne. Et oui le directeur de chapelle était parti à un enterrement et n'avait pu (ou oublié) nous prévenir. On a bien attendu une heure ou deux pour le principe, au cas où il reviendrait, mais en vain. On a donc refait le chemin inverse visitant quelques connaissances…une bonne façon de passer la journée mais pas de travailler.

 

Pendant ce temps à Port-au-Prince, le calme qui a régné jusqu'à présent semble se fissurer. La semaine passée, une bagarre de gangs a eu lieu dans un quartier populaire causant quelques "dégats collatéraux" chez les habitants du quartier. Y'a pas à dire, rien ne vaut la campagne…Plus sérieusement, nous prenons un peu plus de précautions dans nos déplacements. Mais, il ne faut pas non plus ne voir que l'arbre des agitateurs, que les journalistes aiment à montrer pour le côté sensationnel, qui cache la forêt d'un peuple accueillant et chaleureux.

 

"ravèt pa gen rezon devan poul" ("le cafard n'a pas raison devant la poule", c'est-à-dire "la raison du plus fort est toujours la meilleure")

 

N'a we pi ta

 

               Gérard
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Mardi 13 juin 2006

Bonjou tout moun

 

Deux semaines que vous n'avez pas de nouvelles. Je passe, en effet, de moins en moins de temps à la capitale. La vie à Furcy se poursuit tranquillement et je vais plutôt vous parler du week-end dernier.

J'avais proposé une randonnée à travers les mornes aux coopérants du pays vendredi soir, deux (Grégory et Benjamin) sont venus me rejoindre à Furcy pour un petit périple de deux jours.

       Le samedi matin, petit déjeuner au lever du jour pour profiter de l'illumination progressive des mornes alentours et aussi pour ne pas avoir à arriver trop tard. La saison des pluies peut toujours réserver une belle surprise en fin dejournée…Visite incontournable de Furcy, son église avec ses œuvres d'arts haïtiennes incomprises des habitant à tel point qu'ils ont surnommé le christ en croix :"St Paul" (le saint de la paroisse avec St-Michel) parce que celui-ci st noir, son presbytère en construction (encore et toujours), ses marchandes…Puis c'est le vrai départ sur la route de Séguin jusqu'à Caye-Chemen, la première chapelle. Petit arrêt pour discuter avec le directeur de chapelle héréditaire (ben oui, ici c'est un peu une dynastie!!!), visiter l'église de campagne…Puis nous entamons la descente du morne le plus raide de la journée, le morne Vitry, pour une baignade improvisée dans la rivière au fond de la vallée. C'est là qu'un "petit vieux" passe avec sa charge de tige de canne à sucre sur la tête, je lui demande s'il nous est possible d'en acheter, refus net…il ne veut pas nous en vendre mais nous en donner, par contre il nous demande de lui donner un petit quelquechose pour s'acheter un "grog" (un alcool fort)…démarche étonnante…un peu comme beaucoup de chose ici…Alors que notre commerce se termine, un caprice d'Eole envoie le chapeau de notre sympathique paysan à la rivière, et moi, pieds nus, je m'empresse de courir après avant de glisser sur une roche et de m'étaler dans l'eau.

         Petit coup de pub pour Nikon ; c'est la deuxième fois que je tombe à l'eau avec mon appareil et il fonctionne toujours, mais n'essayez pas pour autant.

       Nous repartons en direction de Lamarque puis de Barret, passant les mornes (collines) les uns après les autres, au désespoir des pieds de Benjamin qui a ainsi compris le sens du proverbe créole "dèyè mòn, gen mòn" (après le morne, un autre morne), que je traduirais librement par "un morne peut en cacher un autre".

        Arrivée à Barret où personne n'a été prévenu de notre passage malgré ce que m'avait assuré Auxius, le directeur de chapelle. Mais c'est tant mieux, sinon on nous aurait préparé un repas d'invité avec de la viande alors que les paysans en mangent rarement. Une petite mamie nous loge donc et nous prépare un bon riz-pois alors que nous nous préparions à manger un petit bout de pain. Et deuxième surprise, elle nous montre deux lits où nous pouvons dormir nous assurant qu'il reste assez de lits pour les autres personnes. Dans la pièce d'à côté, il n'y avait qu'un lit pour elle et quatre ou cinq autres enfants…On a eu beau dire que nous pouvions dormir à terre…

 

          Le lendemain, petit café-pain-mamba (beurre de cacahuète), quelques photos et au revoir avant de reprendre le sentier. Petite ascencion dans un décor rappelant nos pâtures de montagne, puis c'est le passage du sommet…Changement de végétation, de couleurs…Une zone presque intouchée, verdoyante, presque luxuriante, qui donne un aperçu de ce que pourrait être les mornes d'Haïti. Longue descente, avec des passages très en pente. Nous n'allons pas nous en plaindre quand on sait que des marchandes le font pieds nus avec un panier sur la tête que l'on aurait du mal à porter si c'était un sac à dos. Arrivée dans la vallée de la Gosseline et nous ne pouvons résister à l'attrait de petites piscines naturelle creusées par la rivière…pause baignade, hydrothérapie pour les pieds.

          Passage dans le village d'à côté pour acheter quelques mangues et marinades (pâte frite), et nous rejoignons lentement Marbial pour économiser les pieds endoloris de Benjamin. Nous pensions terminée l'aventure…mais sans compter sur l'imprévu.

          Dès l'arrivée à Marbial nous trouvons un tap-tap qui semble déjà bien chargé avec ses dix passagers derrière et deux devant sans compter les sacs de marchandises, mais ce n'est pas assez au goût du chauffeur. Ce n'est qu'une fois le quinzième passager monté qu'il démarre…difficilement. Après 500 mètres et trois calages où nous avons dû pousser pour redémarrer, dont une fois au milieu de la rivière, le chauffeur finit par nous annoncer une panne d'essence. Nous attendons qu'il rejoigne Marbial à pied pour récupérer une autre machine (nom de tout véhicule ici), tandis que le ciel menace, de ces grondements, de lâcher des trombes d'eau…ce qui ne restera heureusement qu'une menace. Le rugissement poussif d'un moteur nous averti de l'arrivée d'un camion cette fois-ci, en fait un hybride entre un bus et un camion. C'est reparti…et comme le véhicule est plus gros on s'arrête régulièrement pour monter des passagers supplémentaires. Si vous vous souvenez de vos leçons de code de la route, vous devez avoir une idée de ce que PTAC veux dire : Poids Total Autorisé en Charge…et bien ici ça ne veut rien dire. On charge tant qu'il reste un endroit de libre voire plus. Et comme le chauffeur va aussi vite que le moteur et la route le permettent, il ne faut pas être surpris de l'état des véhicules…surtout que la route de Marbial est, sur sa majeure partie, le lit de la rivière quand celle-ci n'est pas en crue.

           Bref, nous sommes finalement arrivés sains et saufs à Jacmel à 7 heures du soir…un peu fourbus à vrai dire, mais satisfaits du voyage.
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Mardi 23 mai 2006

Bonjou tout moun,

 

        Mon travail se poursuit avec des applications très concrètes. Ce mois ci, on organise chaque samedi une grande séance de reboisement avec les enfants pour protéger les zones les plus sensibles à l'érosion, c'est-à-dire les ravines et les sommets. Les enfants sont plutôt enthousiastes, parcontre on aurait souhaité une implication plus fortes des paysans. Et ce surtout quant aux ventes de plants qui sont moins nombreuses que prévues. On pensait pourtant que nos prix étaient vraiment bas. Il nous faut encore travailler sur la sensibilisation à l'environnement. Heureusement il y a quelques personnes motivées qui donnent envie de continuer.

Nous réalisons, en ce moment, un essai de semences de pomme de terre qui semble prometteur. C'est un projet différent de celui de reboisement mais tout aussi intéressant. Si nous réussisons à maîtriser la production de plants, nous devrions être en mesure de les fournir à meilleur marché aux paysans. On va bientôt essayer de créer un groupe de personnes motivées pour gérer une mini-coopérative de producteurs de plants. Je pense qu'il y aura des personnes motivées pour cela car c'est vraiment source de revenu pour eux.

 

Cette semaine, j'ai pris un peu de temps libre pour faire une petite visite aux coopérants de Jacmel. Un jour aller, un jour sur place, un jour retour. J'y suis allé à pied : 9 heures de marche à la rencontre des habitants des mornes et c'est toujours agréable de les voir tout surpris lorsqu'ils rencontrent un blanc avec son sac sur le dos et qui prend des chemins de paysans alors qu'il devrait être dans un gros 4x4 climatisé. D'ailleurs pour certains, pour les citadins en fait, ça relève de l'incompréhensible et je finis de les surprendre si je dis que je pense à devenir paysan et vivre à la campagne à mon retour en France alors que j'ai une formation d'agronomie. Ici, lorsque l'on a un diplôme c'est pour rester en ville et afficher son statut social par son niveau de vie.


A très bientôt

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Jeudi 4 mai 2006

Salut à tous

Me voilà de retour de Grand Boulage où j'ai passé cinq jours avec Dormestoy et Gabriel, deux de nos pépiniéristes. Grand Boulage, c'est une paroisse au nord de Port-au-Prince sur la route d'Hinche. Une zone plutôt isolée et assez déboisée, mais ça c'est assez général. Nous avons réalisé une formation sur le reboisement, et aussi sur la culture (des légumes principalement), à la demande du père Tristan, le curé de la paroisse.

La formation a eu lieu le vendredi et le samedi avec théorie et pratique. On a eu une assistance nombreuse et intéressée qui posait des questions, ce qui fait plaisir! Et pour la partie pratique, tout le monde mettait la main à la pâte. On a été surpris de voir dès le premier soir des personnes commencer à aménager leur jardin avec des petites terrasses pour faire un essai. C'était vraiment encourageant pour nous.

Le dimanche, le père Tristan nous a demandé de nous présenter une seconde fois après la messe et de faire une petite intervention sur le but de notre venue pour les personnes qui n'étaient pas là la veille.

Enfin, le lundi premier mai a été l'occasion de participer à un combite, travail en commun en créole. L'année passé, le père Tristan a décidé que chaque premier mai serait réservé, pour les volontaires, à une journée de travail commun pour le nettoyage de la source, de la route, le reboisement…c'est peut-être symbolique mais ça soude la communauté et permet aux gens de prendre conscience que ce sont eux qui sont responsables de l'entretien de la terre où ils vivent.

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Mardi 25 avril 2006

                Aujourd'hui, je fais court juste pour parler des législatives qui se sont déroulées vendredi dernier et dont vous avez peut-être eu quelques échos en France. Elles se sont passées dans le plus grand calme et pour cause, il n'y avait que 15% de participation, les rues étaient vides, complètement l'opposé de la présidentielle. C'est très facile explicable. En fait, il y a une carence énorme en formation civique de la population rurale et citadine pauvre. Et la plupart des gens ne sont pas conscient que ce n'est pas le président qui gouverne mais les ministres et le parlement. Ceci est responsable des régimes de type présidentiels qui se succèdent ici. En fait, ça arrange la classe politique qui en profite pour mieux exploiter le pays.

Le président Préval devrait avoir une majorité au parlement ce qui lui évitera d'entrer en conflit avec et lui donnera une chance de faire quelquechose, s'il le souhaite bien sûr ou devrais je dire, à l'haïtienne, si Bondyé vlé.

L'inconnue aujourd'hui, c'est l'attitude que vont avoir les partisans d'Aristide. Ils sont représenté au parlement et s'ils se mobilisent pour son retour cela pourrait entraîner des troubles.

Affaire à suivre…

par gerard publié dans : au jour le jour
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