Bonjour à tous
Un dernier passage avant de ne revenir qu'après Pâques.
Le travail en pépinière ne concerne pas seulement celles qui sont existantes au centre de Furcy mais le but est aussi d'en créer de nouvelles. C'est pourquoi le week-end dernier je suis parti trois jours avec le "directeur de chapelle" (qu'on appellerait peut-être sacristain chez nous), Auxius, à Barret un petit village de Furcy, très isolé du "bourg" puisqu'à six heures de marche. On y va par le même chemin que celui utilisé pour Lamarque et on continue pendant deux heures de petits sentiers pour arriver dans une vallée qui se termine en impasse au pied du massif de la Selle, quelques maisons assemblées en un vague centre, une "tonnelle"-école servant à d'éventuels offices dominicaux : c'est Barret.
A l'aller, Auxius c'est arrêter chez des amis pour prendre un jus de canne à sucre fraîchement pressé. Après quelques réticences, j'ai enfilé un verre, très bon d'ailleurs ; mais cette fois j'ai pris un Imodium préventif. Il y a des expériences que l'on ne souhaite pas renouveler. Un peu plus tard nous nous arrêtons pour un petit en-cas de midi. N'ayant plus d'eau je sorts mon filtre pour pomper un litre dans un petit ruisseau sous l'œil dubitatif d'Auxius qui me dit:"Il y a des gens qui lavent du linge sal plus haut". Je lui explique qu'il n'y a pas de risque, ça filtre tout ; ça ne m'empêchera quand même pas d'attendre d'avoir bien soif avant de boire l'eau filtrée. Mais maintenant, je suis rassuré c'est efficace.
Le samedi après-midi, l'accueil à Barret est exceptionnel, les gens sont très gentils, gênés de n'avoir pas prévu notre arrivé pour mieux nous recevoir. Et pourtant on mangeait copieusement et dormait dans leur lit.
Le dimanche, Auxius célèbre un office dans la tonnelle qui sert d'école. Il manque une trentaine de tôles pour finir le toit et je me demande comment les 132 enfants qui viennent ici vont pouvoir passer la saison des pluies. La chorale, qui a répété longtemps la veille, anime l'office sous la conduite d'Exanie, le maître d'école de Lamarque. Les paroissiens sont assez contents d'avoir une célébration à défaut d'une messe. Ca fait trois ans qu'il n'y pas eu de prêtre à venir car il n'y a toujours pas de chapelle et il leur faudra attendre encore car les chapelles existantes passent avant. Nous faisons ensuite une réunion avec la petite assemblée pour expliquer le projet de pépinière qui trouve un écho favorable dans cette zone très déboisée et pauvre en diversité d'essences. Petite séance photo avec les enfants sous un manguier à l'emplacement de la future pépinière, puis on rentre rapidement pour le repas, poussés à l'intérieur par une averse. C'est le début de la saison des pluies, précoce cette année. Les allées du village deviennent vite boueuses, il est impossible de ne pas en mettre à la maison…L'après-midi, Auxius est réquisitionné pour essayer de régler un problème de famille : une affaire de couple et ce n'est pas simple.
Le lundi est déjà le jour du retour. Levés à 4h50, nous sommes déjà en marche à 5h à la lueur des étoiles et de ma lampe frontale. Heureusement, Auxius connaît le sentier par cœur car je n'aurais aucun repère de nuit. Ce qui est étonnant c'est que nous rencontrons déjà beaucoup de personnes, marchandes en routes pour le marché, femmes allant puiser de l'eau, paysans avec leur houe partant au travail des "jardins" (on ne parle pas de champs). Je fais le retour à l'haïtienne, c'est-à-dire je n'ai pas pris d'eau. Nous faisons notre première pause à 6h30 chez Exanie pour prendre notre petit-déjeuner : une tasse de bouillie (proche du porridge écossais) et nous repartons. Vers 9h30, deuxième pause au marché de Caye-chemin pour quelques biscuits et une petite bouteille de jus de fruit. Deux heures plus tard, arrivés à carrefour Badiot, on a droit à un café chez une amie d'Auxius avant de reprendre pour le dernier petit bout de chemin. Au terme de ce petit voyage, une bonne toilette est la bienvenue…
Et comme Haïti est le pays des proverbes je vais terminer avec un échantillon :"Lè mapou tonbe kabrit manje fèy li". "Quand le mapou (grand arbre) tombe, les chèvres mange ses feuilles". A vous de comprendre...
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