Mardi 14 mars 2006

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Après une journée de repos à Furcy passé dans les pépinières à enseigner les vertus de la ligne droite, je pars le vendredi 10 pour Lamarque. C'est une petite localité qui est une chapelle de Furcy et où le père Wereby va célébrer la fête patronale.

Quatre heures de marche avant d'atteindre Lamarque, petit village niché au milieu des mornes, coupé du monde, où le temps s'écoule à un autre rythme. On nous prépare un petit repas, puis visite des lieux. Rapide, car il n'y a que l'église-école et une deuxième bâtisse qui sert de salle d'accueil, de réunion, de chambre…une salle polyvalente!!! Au repas du soir, j'ai le malheur de commettre une imprudence que je n'oublierais pas de sitôt. J'ai bu un demi verre d'eau locale, parce que notre eau n'était pas sur la table…si j'avais su j'aurais été la chercher.

Le lendemain, je me réveille avec une tourista terrible qui ne me laissera que peu de temps de repos dans la journée. Je peux quand même assister à la quarantaine de baptême que le père Wereby célèbre aujourd'hui. A Lamarque, ils sont traditionnellement fait lors de la fête patronale car par manque de prêtre il n'y a, au mieux, une messe qu'une fois par mois. L'après-midi, le Père Wereby passe 3 heures à recevoir des confessions. De mon côté, je fais une petite réunion pépinière pour les intéressés mais elle est déviée par des militants de candidats aux législatives arrivés ici qui posent des questions peu appropriées du genre "Allez vous faire une étude topographique ?" Le fond du problème étant pour eux comment ramasser de l'argent si il y a des fonds étrangers disponibles.

Dimanche, messe pour la fête patronale et c'est aussi l'occasion de faire la première communion pour une trentaine de jeunes du village. Je passe 2h30 debout parcequ'évident il n'y a pas assez de bancs dans la petite église débordante. Wereby profite des annonces de la fin pour me présenter à tous le village et me faciliter le contact. En effet, il est très rare qu'un blanc se retrouve à Lamarque et dans ce cas il serait vu plutôt comme un touriste, ou bien comme un Père. J'ai d'ailleurs droit de temps en temps à des "bonjour mon Père".

Après un repas rapide nous repartons vers Furcy sans tarder, pour ne pas être rattrapés par la nuit. Une bonne surprise nous attends, Wereby et moi, Jean-Yves nous invite au resto.

N'a we, kanbe fèm


 

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Mardi 14 mars 2006

Bonjour à tous

 

Je commence à m'absenter plus qu'à mes débuts et c'est plutôt bon signe. Enfin, dans le sens où je m'implique plus dans le rôle qui m'est destiné bien sûr. J'ai donc profité de la dizaine de jours passés dans les mornes pour me promener du côté de Jacmel et de Lamarque.

 

Jacmel

 

Ayant décidé de passer un week-end à Furcy, j'ai demandé au Père Jean-Yves la possibilité de partir quelques jours vers Jacmel dans l'intention de rencontrer les coopérants qui travaillent là-bas. Il se trouve, finalement, que je peux m'organiser à ma manière du moment que mon travail est suivi bien sûr.

Le dimanche à 6h du matin, je pars donc à pied pour Seguin accompagné de Mano, yon moun Furcy (un habitant de Furcy). Quand Jean-Yves lui a demandé combien de temps pour Seguin, il a répondu 3h30 et on ne l'a pas cru. En fait on a mis 4h parce que je ne pouvais pas le suivre dans les montées…moi qui me croyais bon marcheur!!!

A Seguin, je prends un moto-taxi pour Peredo. Après une petite négociation je fais descendre le tarif de 2500 à 500 gourdes (belle marge) et il n'est pas perdant du tout puisqu'au retour je monterais pour 300 gourdes seulement. Descente en roue libre…ça économise le carburant. Bien-sûr, pas besoin de demander s'il y a un casque vu que le conducteur n'en a pas pour lui. A mi chemin on monte une charmante haïtienne (oui ici à trois sur une moto c'est normal sans compter les bagages) pour la déposer un peu plus loin. C'est au bout d'une heure et le dos en compote, torturé par les cahots de la route, que nous arrivons à Peredo, petit village à côté de Marigot au bord de la mer. De là, tap-tap (allusion au secousses bien-sûr) pour Jacmel en longeant la côte. 35 km en 1h au tarif de 25 gourdes : 50 centimes d'euros, épatant non ? D'accord, on a du trouver en urgence 5 litres de carburant chez un petit commerçant à mi-parcours pour éviter la panne sèche mais c'est la normal quand il n'y rien qui fonctionne sur le tableau de bord…

A Jacmel ??? Heu je n'ai pas vraiment d'adresse si ce n'est que je pense que Julie, une coopérante, dois être là et qu'on la connaît peut-être à un hôpital du nom de saint Joseph. Mon chauffeur de tap-tap demande alors où se trouve l'hôpital et il s'avère qu'il n'y en à qu'un mais du nom de saint-Michel…ben pourquoi pas ? On y va ensemble, j'essaie de m'expliquer, on nous indique un presbytère que l'on ne trouve qu'à la deuxième fois. Je laisse mon conducteur bien sympa, et j'essaie de m'expliquer de nouveau. On me dit d'attendre que le père arrive car il doit connaître la personne que je cherche, re-explication en créole, et là, le père me répond en français, il est breton. On finit par réussir à contacter Julie qui vient me chercher. Je rencontre Benj', un prof de français, puis Ombelline, coopérante DCC. Je me fais inviter à La Voute dans le dispensaire où travaille Julie à 20 km de Jacmel. On remonte donc en moto avec son chauffeur attitré qui ne manque pas de faire son signe de croix avant le départ…ça réconforte toujours quand on connaît les routes d'ici.

Arrivée sans encombres à la Voute où je suis accueilli par les sœurs spiritaines avec qui Julie travaille, visite du village et surtout bonne douche et bon repas…

 

Le lendemain, je redescends pour une journée tout autant incertaine après avoir pris le temps d'accompagner Julie dans le dispensaire pour sa première visite de la journée. De ma destination, j'ai une vague adresse (ici une adresse est rarement précise de toute façon), un projet dans la vallée de Jacmel où travaillerait un Monsieur Verlinde sur des pépinières. Heureusement les sœurs m'on dit de demander un certain Tony…je me dis qu'il sera toujours temps de voir sur place.

Une heure de tap-tap avec une crevaison pour atteindre Ternier peu après la Vallée de Jacmel. On me guide jusqu'à Tony qui est directeur de l'école, et effectivement il s'occupe d'un projet de pépinière et de fours solaires en relation avec une association française appelée "Ti Moun" (les enfants) dont Marcel Verlinde, qui est normand, s'occupe. Je visite les lieux et on s'entend pour une prochaine visite afin de travailler sur les pépinières, et j'espère rammener un four pour Furcy la prochaine fois. Retour sur Jacmel sur la moto de Nestor, un prof d'ici, qui a une roue libre (une place) pour moi. Je loge chez Grégory qui, comme Ombelline, est coopérant à la faculté de Jacmel.

 

Le mardi, je prends un tap-tap pour Marbial, village proche de La Voute connu pour son marché. Le père Bertrand, que je comptait rencontrer, est parti sur Jacmel. Je laisse donc mes coordonnées en espérant revenir ici plus tard. En début d'après-midi, je remonte à pied sur La Voute en compagnie de Madames Sara (surnom donné aux marchandes qui font autant de bruit en papotant que les oiseaux du même nom). En 2 h nous sommes rendu, avec la petite différence que moi je n'ai pas fais le trajet avec un panier sur la tête plus lourd que mon sac à dos, le tout sur un sentier à pic où on aurait pu tailler un escalier.

 

Retour le lendemain par le même chemin qu'à l'aller et avec un peu de chance, ben oui je n'avais pas vraiment prévu combien allaient me coûter les transports et c'est tombé juste à 35 gourdes près (soit 0,6 euros), sinon je rentrais à pied tout du long…

 

par gerard publié dans : au jour le jour
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Lundi 27 février 2006

Bonjou tout moun

 

 

M'te Okay pandan twa jou…Je voulais dire, "j'étais aux Cayes pendant trois jours". Et me voilà revenu juste avant les embouteillages du carnaval. Jean-Yves n'ayant pu venir, j'ai profité de la roue libre (expression locale) du Père André Siohan (responsable des volontaires DCC en Haïti) pour aller aux Cayes en compagnie de Serge Gaden, notre chargé de mission.

Départ à 6h15 le jeudi matin car la route est longue et nous avons quelques arrêts à faire. Le premier est au croisement de la route de Jacmel où nous récupérons Serge à 8h, sortant du camion type bétaillère qui sert de transport en commun ; il était coincé entre un coq de combat et une télé (et oui ici le fret et les passagers sont ensemble). Second arrêt à Saint-Michel du Sud pour y déposer un Père qui nous accompagnait. Troisième à Vieux bourg d'Aquin pour prendre un rendez-vous avec l'équipe de l'hôpital pour le retour. Enfin, arrivée aux Cayes vers 11h. C'est un peu plus loin, à Torbeck, que nous entrons dans la faculté d'agronomie de l'UNDH (Université Notre Dame d'Haïti) pour y retrouver deux coopérantes : Véronique et Solenne qui nous font visiter les lieux (pour des détails sur la fac et leur expérience, il y a le lieu vers le blog de Véro). Repas dans un petit resto d'une plage voisine accompagné du doyen de la fac et de l'administrateur…Pour moi, l'après-midi c'est visite des Cayes, pas très grand, et arrêt à l'Alliance Française pour un passage sur Internet. Diner à The Bay, tous ensemble en compagnie des responsable du service informatique et de la ferme de l'UNDH.

Le vendredi, je visite le centre de Laborde tenu par le Père Michel Briand. Il y a là une importante pépinière que les employés me font visiter. C'est l'occasion d'apprendre pas mal de choses intéressantes et de rapporter des idées pour Furcy. Puis je participe à l'extraction des graines de cèdres de leur enveloppe. Je mets alors en pratique mon créole de débutant pour répondre aux questions des employés sur l'agriculture française, si différente de ce qu'ils connaissent. Puis, rejoins par André, nous passerons l'après-midi à visiter le reste du centre dont la ferme qui en dépend. La soirée est à Torbeck chez les coopérantes, c'est pour elles l'occasion de faire un bilan avec Serge et André quant à leur poste, leur rôle dans la fac et la façon de gérer les problèmes qui se présentent à elles et il y en a…

Samedi, après la matinée passée à Laborde, Michel et moi retournons sur les Cayes pour un dernier repas en commun avant que je reparte avec Serge et André. Nous récupérons, dans la ville, deux étudiants en propédeutique (futur séminaristes), et c'est à cette occasion que nous crevons un pneu. Après de vains efforts pour le regonfler puisqu'en fait un clou est planté dedans, nous changeons la roue. Nous ferons les mêmes escales qu'à l'allée sans incident particulier. Je termine en disant mon admiration pour la façon dont André a assimilé la méthode de conduite haïtienne dans ses moindres détails excepté qu'il n'ose pas encore doubler par la droite quand le véhicule le précédant roule à gauche sans raison.

 

 

N'a we pi ta

 

 

Gérard

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Mercredi 22 février 2006

 

            Le travail dans les pépinières tourne pour l'instant au ralenti, et tant mieux, ça me permet de me familiariser avec les personnes. Récemment je suis allé sur celle d'Elius, que l'on appelle la pépinière "méthodiste" parce qu'elle est à côté d'une église méthodiste tout simplement. Nous y avons installé une ombrière, sorte de toile opaque à 50 % au soleil, pour protéger les plants du dessèchement et des pluies trop violentes. En fait, ça ressemble un peu à un tunnel de maraîchage sauf que le but recherché est l'inverse.

Le premier jour, nous creusons les trous pour fixer les arceaux. Pas de matériel, j'aurais donné beaucoup pour avoir une simple barre à mine, mais c'est avec les piquets de soutien des arceaux que les 14 trous furent creusés.

Le lendemain, je reviens sur le site avec une brouette de sable et un sac de ciment pour  sceller les piquets dans les trous. Pousser une brouette pleine sur 500 mètres avec un dénivelé digne des alpes c'est du sport même si pour la plupart c'était en descente. Heureusement, pour la montée final, Gabriel, le pépiniériste de l'école nationale de Furcy, passait par là et à pris le sac de 40 kg de ciment sur sa tête (c'est la méthode du pays) sinon je restais en bas. Préparation du ciment avec l'eau que l'on va puiser au seau dans une citerne 100 mètres plus bas. Je commence mieux à comprendre pourquoi le père Jean-Yves me disait que pour mener un chantier à Furcy rien n'est simple. Une fois le béton terminé, je donne un coup de main à Elius pour la corvée d'arrosage des plants : quelques allé-retour à la citerne mais malheureusement c'est avec les seaux pleins qu'il faut remonter la pente.

Ce n'est que le troisième jour que l'ombrière est enfin fixée sur les arceaux. On apprend très vite la patience ici lorsqu'on y est pas habitué. Tout simplement, il y a rarement les outils ad hoc ou bien les matériaux de disponible. S'il faut se déplacer pour faire des achats en ville, il faut compter un minimum de 2 heures vu les routes. Et c'est encore plus compliqué en campagne, Jean-Yves m'a montré une chapelle visible depuis le presbytère : 3-4 heures de marche à pied car ce n'est pas accessible en voiture et ce n'est guère à plus de 5 km à vol d'oiseau…

Il faut rajouter à tout cela la notion de ponctualité locale qui n'est pas vraiment la même que la nôtre…Comme me dit Jean-Yves : "je m'énervais au début, mais c'est terminé…ça ne sert à rien…".

Heureusement, pour la patience je ne me fais pas de souci…

Amicalement

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Mercredi 22 février 2006

Bonjou tout moun, nou gen yon prezidan !

 

 

Ca y est, ce n'aura pas été sans difficultés que le nouveau président aura été élu. Pour être plus juste, le conseil électoral provisoire a déclaré René Préval vainqueur des élections en répartissant les bulletins blancs entre tous les candidats. Pourquoi cette manœuvre anticonstitutionnelle (c'est pas tout les jours qu'on peut placer un mot comme ça !), tout simplement pour éviter un deuxième tour en faisant passer le candidat légèrement au – dessus de la barre des 50 %, le but étant de calmer les soulèvements populaires. Place maintenant à la fête de la victoire et au carnaval…

Cependant, il semblerait que le parti du président ne sera pas représenté en nombre au parlement car il a peu de candidats pour les élections des députés et sénateurs. Mais lors de son premier mandat, Préval avait déjà contourné ce problème en faisant se soulever le peuple contre le parlement. On risque donc d'assister de nouveau à la mise en place d'un régime présidentiel pratiquant le favoritisme pour son entourage et contournant les principes démocratiques à l'insu du peuple. Je pourrais détailler beaucoup plus mais ce serait trop long ici. Alors voici seulement les grandes interrogations que l'on se pose pour le futur proche du pays : "Préval s'engagera t-il a tout mettre en œuvre pour désarmer les bandes entretenant l'insécurité du pays, et ainsi relancer l'économie locale ?" et "Laissera t'il Aristide revenir ?". Cette dernière question peut se poser, car les deux personnes étaient proches dans le passé et Aristide a toujours dominé Préval lors de son premier mandat. Ceci poserait un problème au niveau de la communauté internationale qui a tout fait pour faire partir l'ancien "président". Il y a donc beaucoup d'interrogations et de doutes quant à l'avenir du pays…

Je ne peux donc qu'espérer avoir de bonnes nouvelles du pays à vous faire passer au cours des deux années à venir et non des rapports de crises.

 

 

N'a we pi ta

 

 

Gérard

 

 

PS : Aristide viendrait de demander à retourner en Haïti…(info radio)

par gerard publié dans : au jour le jour
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