Bonjou tout moun, m'pa pi mal e ou menm ?
( Bonjour à tous, je ne vais pas plus mal et vous même ?)
Ca y est grâce ou à cause des élections j'ai pu découvrir Furcy. Ma professeur a préférer déplacer les cours des 6 et 8 (avant et après les élections) sur la semaine passée pour ne pas avoir à circuler en cas de troubles, ce qui est une sage précaution. Cinq jours étant libérés, Jean-Yves a jugé que mon petit bagage de créole me suffirait pour un premier contact. En fait il ne préférait pas que je monte avant de peur que j'ai du mal à me concentrer sur les cours après avoir découvert mon futur cadre de travail ; il n'avait pas tort.
Mais il faut commencer par le début. Samedi dernier, après six heures de créole qui m'ont laissé fatigué, j'embarque avec le père Werby, tout récemment ordonné prêtre, pour Furcy. Cette localité n'est guère qu'à 40 km de Port au Prince, mais il nous faudra plus d'une heure et demie pour escalader les 1600 mètres de dénivelé de route tortueuse, puis pour les derniers kilomètres, de piste terreuse plus ou moins entretenue. Passer la troisième relève tout simplement de l'exploit sportif, surtout lorsque l'on se retrouve bloqué derrière l'un des camions de transport de sable qui alimentent la capitale pour "l'entretien" de ses routes et les constructions. Ce sont des dangers ambulants non pas par leur vitesse mais par leur état. Freins défectueux, éclairages plus ou moins présents, roues auxquelles manquent des boulons de fixations et qui parfois tanguent dangereusement à la façon d'une roue de vélo voilée…des bagatelles quoi. Le père Jean-Yves en a déjà vu avancer de travers à cause de l'essieu qui n'est plus dans l'axe donc tout peut rouler pour conclure.
Défilé ininterrompu de construction jusque bien au-dessus de Kenscoff. C'est un peu après que commencent les 5-6 km de piste menant à Furcy. L'habitat se disperse alors pour laisser apparaître la campagne parsemée de champs ou plutôt jardins cultivés jusque sur les pentes les plus abruptes. Et ce, pour le malheur des paysans eux-mêmes qui, en coupant jusqu'au dernier arbre pour obtenir du combustible et libérer du terrain, ont laissé la terre fragile d'Haïti exposée aux pluies et sécheresses, à l'érosion. Les ravines apparaissent comme des plaies béantes d'où la vie s'échappe, il ne reste plus que la roche stérile et la faim…Ces paysages tristes ne sont pas encore trop répandu ici mais le processus est entamé depuis longtemps.
Arrivée de nuit à Furcy à notre logement temporaire, accueil par le père Jean-Yves, qui a déjà préparé la soupe, et Philistin, un haïtien du village qui est son homme de confiance. Ce n'est que le matin suivant que je vais découvrir le village.
Le dimanche est l'occasion pour Werby de célébrer sa première messe publique. C'est à 9 h 30 que nous arrivons à l'église du village, un construction simple, toute en rondeur près de laquelle s'élève l'ossature du presbytère que nous devions habiter et qui ne sera terminé qu'à Pâques, si Dyé vlé bien sûr. C'est le son du tambour qui accompagne toute la cérémonie, à la fin de laquelle le Père Jean-Yves, qui fait les annonces, en profite pour me présenter à la communauté leur demandant d'être tous mes professeurs de créole.
Le lundi, c'est la visite des pépinières. D'abord celle du village qui est à côté de l'église. Les enfants sont déjà là pour une petite corvée de nettoyage ; tout les sachets où les jeunes plants sont morts sont vidés pour récupérer la terre. Je dis corvée mais c'est plutôt considéré comme une distraction par les enfants d'ici qui n'ont guère d'autres façons de se divertir. Le travail dans les pépinières est d'ailleurs basé sur le volontariat. Les enfants participant se voient offrir en récompense des sachets de graines de fleurs ou de légumes à utiliser chez eux. Ce travail fini, je pars, en compagnie de Werby, de jeunes du village et de quelques enfants, pour Basin Bleu un ruisseau à 20 minutes de marche en contrebas du village. Sur les photos, on peut y voir les jeunes et les enfants qui se douchent sous une chute d'eau.
L'après-midi, Werby m'accompagne à pied pour rendre visite à Elius qui tient une pépinière lui aussi à côté de l'église méthodiste voisine. Il me présente ses plants puis tout ce qu'il a déjà fait depuis 20 ans. Je ne peux qu'admirer le travail qu'a réalisé, seul, cet homme depuis 1985, date à laquelle il a commencé à replanter. Il nous invite à passer chez lui prendre un verre d'eau, première fois que je rentre dans une "kay" (maison) de paysan. Je comprend alors pourquoi il y a l'exode rural, pourquoi des jeunes qui ont été à la ville ne veulent plus revenir à la campagne gratter la terre toute la journée sur des pentes impossibles, remonter l'eau à seau sur la tête pour ne pas voir s'étioler les plants de légumes, et gagner 1 à 2 euros par jours qui permettront d'assembler quelques planches pour construire la maison, parer au nécessaire, élever ses enfants du mieux possible, quand bien même la vie à le ville fut plus dure encore. Alors Elius me montre son diplôme obtenu dans un institut de formation rural, là où il a appris le principe du reboisement. Alors je me dis que ce sont des hommes comme lui qui sont l'espoir du pays, pas moi, je ne serais que son associé pour que ce qu'il a réussi prenne de l'ampleur, soit germe de futur…
Arrive enfin le mardi, jour que tout le monde attendait, jour où le peuple haïtien va pouvoir choisir un nouveau départ par la voix des urnes. Le père Jean-Yves et moi accompagnons le père Werby, le matin, car il est inscrit au bureau de vote de Furcy ; sur les photos c'est celui qui a une casquette et qui tient sa carte d'électeur avec la foule en arrière plan. Je parlerais plus longuement des élections d'ici trois jours lorsque les résultats seront parus. L'après-midi, Werby ayant pu enfin voter car ce fut compliqué, nous redescendons sur Port-au-Prince, après avoir attentivement écouté la radio nous informant que tout se passe plutôt dans le calme.
N'a wè pi ta, si Dye vle
Gérard
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