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Mardi 28 novembre 2006

Bonjou tout moun !!

 

J'espère que vous avez apprécié les quelques textes mis en ligne précédemment. En fait, j'ai remarqué qu'il y a peu de commentaires. Je ne demande pas grand chose, juste une ligne ou deux de temps en temps pour savoir ce qui plaît, ce qui intéresse ou pose question. Bref, je dis ça en passant.

Cette fois-ci pas de résumé du mois précédent, je vais juste parler de quelques événements plus importants pour moi.

 

J'ai déjà parlé du Champ de Mars, la place principale de Port-au-Prince, lieu de promenade, de détente, de révision à la lumière des lampadaires pour les étudiants qui n'ont pas d'électricité chez eux, d'étals de marchandes de griots, de livres, de jus de fruit…lieu de rencontres…

Un jour je rentrais à pied de Portail-Léogane, la station de bus de Jacmel, pour aller à Lafleur Ducheine, à la maison des pères de St-Jacques, notre point de chute. Je décidai de faire un crochet par le Champ de Mars pour voir si quelques uns des enfants des rues que je connais ne sont pas là. Il est près de midi et l'odeur des fritailles préparées par les marchandes me tente. Je n'ai que deux gourdes (4 centimes d'euro) sur moi, je demande à une marchande ce que je peux acheter avec. Gina, c'est le nom de la marchande, met à frire deux morceaux de banane pesée (banane plantain écrasée), me les sert et lorsque je lui tends ma monnaie me dit de la garder pour m'acheter de l'eau…j'ai acheté deux sachets (ici l'eau traitée se vend aussi en petits sachets), un pour moi et un pour Jerry, un enfant qui est souvent dans cette zone…il y a des fois où on se sent tout petit, où l'on a honte de soi…Aujourd'hui, Gina ne vend plus que des jus de fruit. Un soir, en rentrant chez elle à Carrefour-Feuille, elle s'est faite rackettée et depuis n'a plus assez d'argent pour acheter des cuisses de poule à griller…mais elle me dit toujours bonjour avec le sourire…

Ce même jour, Mélanie et moi décidions de passer la soirée sur le Champ de Mars. Nous passons voir Gina pour commander une cuisse-poule (c'est créolisé là). Jerry est là avec quelques autres enfants de la base (une base désigne le territoire et le groupe d'enfants qui y vit) Rex, ça désigne la base qui est en haut du Champ de Mars auprès du cinéma Rex. Nous partageons notre repas avec les enfants. Puis nous passons de l'autre côté de la place auprès du monument dédié à la Constitution de 1987. C'est là que nous retrouvons Emilio, notre vendeur de bière ambulant accompagné de sa brouette. A peine avons nous acheté une bière, qu'arrive Moïse, un mendiant que nous ne connaissons pas et qui nous demande de l'argent, une scène banale finalement. J'entame la discussion et essaie d'expliquer que je ne donne pas d'argent, mais c'est peine perdu, alors je lui propose de partager ma bière… Finalement, nous avons bien dû parler une demi-heure ensemble, de tout et de rien. Je retiendrai toujours la conclusion de Moïse, "je pourrais avoir besoin d'argent, vouloir te voler, mais tu as parlé avec moi comme avec un ami, tu as partagé, et là je n'ai plus besoin de rien"…

 

Le 18 novembre dernier était un jour férié ici, en souvenir de la victoire de la bataille de Vertières où des esclaves révoltés ont renversé l'armée française. C'était aussi le jour où les enfants du foyer Caritas de la paroisse St Antoine de Port-au-Prince sont venus à Furcy pour se détendre et changer d'atmosphère, à l'initiative de Mélanie. Ils ont pu jouer au foot avec contre une équipe d'enfants de Furcy. Le match s'est étonnamment passé dans le calme, sans aucune bataille alors que ce sont des enfants qui sont facilement violents.

Ensuite, je leur ai présenté la pépinière et ils ont pu remplir des sachets de terre puis semer quelques graines d'arbres, à défaut de plantation car la saison est trop avancée pour transplanter des arbres. Les efforts de la matinée ont été récompensés par un habituel riz-pois pris en commun.

En début d'après-midi, une petite pluie nous a obligé à rester à l'intérieur. Heureusement, le presbytère est équipé d'un vidéoprojecteur (c'est ça la classe !!!), et j'ai pu projeter un film haïtien comique pour les enfants. Au moins, ça les changeait des films d'actions violents que les animateurs du centre les laissent regarder.

Je pense que nous essaierons de renouveler cette expérience qui a été intéressante autant pour les enfants que pour les animateurs. Cela montre aussi que le comportement des enfants peut être différent lorsqu'on les change de contexte, et celui de la rue est loin d'être le meilleur pour s'épanouir.

 

Enfin, dans le cadre de mon travail (parce que je travaille aussi !!), je suis amené à travailler avec le Service Chrétien sur la commune de Kenscoff, qui comprend Furcy. Le Service Chrétien dépend de plusieurs églises protestantes et fait de la sensibilisation à la protection de l'environnement que ce soit auprès des enfants par le biais de l'école ou bien auprès de la population locale par le biais d'animateurs et de comités de pilotage.

Mon premier contact avec cet organisme a été une invitation à venir à un séminaire de trois jours de formation des maîtres d'école sur l'environnement. Je pensais être membre apprenant… Quelle n'a pas été ma surprise quand Dieuseul (c'est un prénom !!!), un des organisateurs, m'a demandé de présenter une partie de l'exposé. Alors, sur le coup j'ai refusé proposant seulement d'ajouter quelques commentaires si besoin, tout en prétextant que je n'avais pas eu le temps de me préparer, ce qui me semblait normal. Mais, à la fin de la journée, voyant le niveau de la formation, je n'ai pas hésité à proposer mes services pour les jours suivants.

Je vais donc travailler avec eux à la formation des maîtres et des animateurs. Mais le projet possède une partie terrain, avec création de pépinières, de taillis modèles, formation des paysans à la conservation des sols, encouragement au développement d'organisations et de fédérations…Bref tout ce à quoi l'agronome Jan Lwi et moi pensions devient plus facilement réalisable dans ce cadre puisqu'il existe un budget disponible, et oui, on en revient toujours à ce problème... Un détail important et que j'apprécie, le Service Chrétien insiste sur la formation et le bénévolat des gens, il n'y a pas d'assistanat ce qui limite les risques d'abandon du projet lorsque les financements arrivent à leur terme après deux ans.

 

Il y aurait encore bien d'autres choses à raconter, telles que les réunions où j'arrive après plus d'une heure de marche pour voir que personne n'est venu, ou bien qui commencent avec un retard minimum d'une heure, le concert de Ram à l'Institut Français qui se termine sous la pluie, Jean-Baptiste le vendeur d'eau qui refuse que je le paie tout en me disant que les affaires marchent mal…autant de scènes touchantes, banales ou étonnantes qui composent un quotidien.

 

Je vous embrasse tous

 

                Gérard
Par gerard - Publié dans : au jour le jour
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Lundi 30 octobre 2006

Pour vous faire patienter, mais aussi pour expliquer un peu mon choix de partir en coopération, mes choix de vie, voici deux textes que j'ai découverts récemment et qui invitent à la réflexion.

 

Il meurt lentement…

 

Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

 

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l'habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

ou qui ne parle jamais à un inconnu ;

 

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d'émotions,

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les cœurs blessés.

 

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu'il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n'a fui les conseils sensés.

 

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd'hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d'être heureux!

 

Pablo Neruda 

 

 

 

 

 

PARTIR…

 

Quand on a décidé de partir, il faut faire ses bagages, seller son âne et se mettre en route. La montagne est à peine visible dans le lointain. A l’aube il faut partir.

 

C’est un grand départ. Il faut dire adieu. A quoi ?

A tout et à rien. A rien, car ce monde que l’on quitte sera toujours là près de nous, jusqu’à notre dernier souffle, toujours aussi près de nous. Etant chassé et repoussé, il a bien des chances de surgir avec plus de véhémence à l’intérieur de nous même.

A tout, car, en partant à la recherche de l’absolu, nous coupons les ponts avec tout ce qui pourrait nous en détourner.

 

La séparation, finalement, n’est pas dans l’éloignement mais dans le détachement. Il faut à tout prix empêcher notre personnalité de se replier sur soi-même, de se construire une citadelle.

Avant de partir, il y a quelques coups de hache et de serpe à donner. En tranchant autour de soi, on voit immédiatement que l’on tranche en soi. Mais il ne faut pas attendre d’être détaché de tout et de soi pour partir.

 

Qu’emporter avec soi ? Tout soi-même et rien de moins. Etrange réponse après avoir dit qu’il faut tout laisser et surtout se laisser soi-même. Et pourtant c’est vrai, il faut s’emporter tout entier. Beaucoup ne partent qu’en apparence. Ils se mettent eux-mêmes en sécurité avant de se mettre en route. Ils se font une personnalité artificielle, ce robot, cette ombre d’eux-mêmes qu’ils envoient. Ils n’entrent jamais vraiment de tout leur être dans l’expérience.

 

En partant, il faut mettre sur son âne tout ce qu’on possède et partir avec tout ce qu’on est, il faut tout prendre, les grandeurs et les faiblesses, les grandes espérances, les tendances les plus basses et les plus violentes, tout, tout, car tout doit passer par le feu.

 

D’après un texte du Père Raguin, « Chemin de la contemplation ».

 

 

 

 

Et enfin, un troisième texte de Rudyard Kipling que j'aime beaucoup :

 

Tu seras un homme...

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,
Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d’entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d’un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère,
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur,
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n’être qu’un penseur ;

Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral ni pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d’un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling
Traduction : Paul Eluard

 

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
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Lundi 16 octobre 2006
Je voulais vous faire partager un texte que j'ai découvert il y a quelque temps. Il est un peu long mais très intéressant et à méditer.

La fin de la vie est le début de la survivance

 


 

La fin de la vie est le début de la survivance - Réponse du Chef Seattle en 1854 au gouvernement américain qui lui proposait d'abandonner sa terre aux blancs et promettait une "réserve" pour le peuple indien.

"Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il l'a conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert. Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle - la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit ou même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée nous parait étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon peuple. La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge.

Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme - tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. II sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérerons donc, votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l'enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. II y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour, c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l'homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent. Où est le hallier ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu. ».

 

Par gerard - Publié dans : au jour le jour
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Lundi 16 octobre 2006

Je vais essayer de rattraper mon retard pour les nouvelles du mois passé.

 

Nous avons eu deux fêtes patronales à une semaine d'intervalle, celles de Furcy le 24 septembre et celle d'une chapelle, Caye-Chemin le 1er octobre. La veille de la fête de Furcy s'est déroulée la finale du championnat de foot local. J'ai rarement vu autant d'animation autour d'un match, la passion était à peu près la même que lors de la coupe du monde. Et ce, malgré la pluie qui a interrompu le match quelques minutes et transformé le terrain en champ de boue rendant tout contrôle de la balle impossible. La journée s'est terminée par ce qui est localement appelé "program" ou "bal", bref une soirée dansante lors de laquelle j'ai pu prendre mes premiers cours de konpa, inoubliable pour l'ambiance et ce que ça a apporté de changement dans mon contact avec les gens de Furcy. Pour les amateurs, il faut mettre sa pudeur européenne de côté car c'est très collé-serré.

A la fête patronale et pour l'inauguration du presbytère étaient attendues plusieurs personnalités connues du père Jean-Yves. Seuls le ministre des travaux publics et le représentant du ministre des cultes ont pu faire le déplacement pour assister à la messe et à la bénédiction du presbytère par Mgr Lafontant, évêque de Port-au-Prince. J'ai déjà du parler des messes de Furcy qui sont relativement courtes et animées ce qui fait qu'on ne voit pas l'heure et demie passer. Mais pour une fête patronale, il faut bien rajouter une heure supplémentaire.

 

Une semaine plus tard, c'est de nouveau la fête mais à Caye-Chemin. Et étrangement c'est plus impressionnant, dans le sens où il y avait à peu près autant de monde bien que ce ne soit accessible qu'à pied, voire à cheval mais rares sont ceux qui en possèdent un. J'avais profité de l'occasion pour inviter Marianne, Vincent et Mélanie à découvrir le pays en dehors. Ils ont ainsi participé à leur premier bal local et découvert le côté entreprenant des haïtiens. Et oui, un bal avec DJ, avec sono et forcément delco qu'il a fallu porter depuis Kenskoff.

La cérémonie du dimanche n'avait rien à envier à Furcy avec sa soixantaine de communiants, sa procession d'offrandes interminable (plus de vingt paniers) et ses nombreux chants. Un détail amusant, c'est de voir des personnes qui enregistrent la messe avec un radio cassette porté à bout de bras pendant 2h30, si, si c'est vrai, il y a des photos.

D'un point de vue pastoral, ce fut l'occasion pour Habens, notre vicaire, de commencer à mettre un peu d'ordre en révoquant le conseil de chapelle composé uniquement de membres de la famille du directeur de chapelle.

 

Plus récemment et plus dans le cadre de mon travail, j'ai eu une réunion de bilan avec le père Jean-Yves et le père André, responsable des coopérants. On a fait le point sur mes 8 premiers mois, et nous avons fixé les objectifs pour les mois à venir. L'activité des pépinières continuera et j'aurais à les développer à de plus petites échelles dans les chapelles, les familles. On essaiera de lier un peu plus les écoles au projet afin de produire un recueil de témoignages d'enfants sur ce qu'ils réalisent qui puisse être diffusé dans les autres écoles.

Au mois de juin, j'avais parlé de production de plants de pomme de terre, ça y est la première récolte est faite. Ca fait plaisir de voir que ça marche, enfin avec un bémol. Ce n'est pas encore rentable car nous avons perdu trop de plantules de pomme de terre le temps de trouver la meilleure manière de les produire. Mais quand même, ça fait partie des petites satisfactions.

Dernièrement, à mon retour de France, j'ai pris contact avec un agronome, Jean Louis, qui travaille pour l'église méthodiste de Furcy sur un programme d'amélioration de l'élevage. Nous allons essayer de travailler sur la lutte contre l'érosion dans la zone de Furcy. Notre souhait est de fédérer les différentes associations paysannes existantes pour avoir plus de poids si on fait des demandes de financement. Ce qui m'a tout de suite plus, c'est qu'il m'a dit que le développement n'était pas l'affaire d'un groupe mais celle de tous, protestants, vodouisants, catholiques et ce n'est pas courant ici. A l'occasion d'une visite au ministère des affaires sociales pour prendre des informations sur la création d'une fédération, j'ai pu voir à quel point l'administration est totalement nulle et comique en même temps. Il est en effet difficile de ne pas rire devant les trois réceptionnistes lisant le journal, devant les bureaux pleins de personnes qui sont plus ou moins des employés mais surtout inutiles, ou bien lorsque l'on rencontre un employé qui nous parle de son journal et de son association sur la protection de l'environnement dont la page de présentation du bulletin est agrafée à l'envers…pays tête en bas comme on dit ici…

 

J'aimerais aussi parler de mon dernier passage au foyer de la Caritas, un centre d'accueil pour enfants de la rue à Saint-Antoine, une des paroisses de Port-au-Prince. C'était à l'occasion d'un mardi show, une journée où les enfants de plusieurs bases se retrouvent, écoutent de la musique, dansent, prennent un repas en commun. Au moment du repas, quelque-uns parmi les grands (15-16 ans) ont lancé une petite émeute demandant de l'argent que la Caritas leur devrait. Il y a eu bataille avec les animateurs et intervention d'une police nonchalante. Bref cela c'est terminé avec l'évacuation des agitateurs. Mais ce qui est vraiment triste et révoltant, c'est que ces jeunes ont été très probablement manipulés contre la Caritas. Ils sont utilisés par certains de la même manière qu'un fonds de commerce, puisqu'ils peuvent permettent à un organisme de gagner de l'argent. Pour décompresser, Mélanie et moi sommes resté l'après-midi à faire du soutien scolaire auprès des 20 enfants hébergés dans le centre et qui eux sont plus calmes, plus jeunes et adorables sauf quand ils se chamaillent entre eux.

De la fréquentation de la Caritas, je tire des petits plaisir. Notamment quand je me promène dans la ville et qu'un enfant des rues qui me reconnaît vient me voir pour parler. Là c'est très dur, parcequ'ils n'ont vraiment rien mais on peut difficilement leur donner quelquechose sous peine d'attroupement et de perte de relation saine avec eux…alors un sourire, une parole…

 

Je vous embrasse

 

N'ap we

 

Jerar

 

Par gerard - Publié dans : mon projet
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Lundi 28 août 2006

Bonjou tout moun

 

Les nouvelles s'espacent mais c'est aussi qu'il y a moins de "nouveautés" pour moi. Le mois de juillet a vu la continuation des cessions de plantations. On en profite pour vider les pépinières afin de pouvoir préparer les plants pour l'année à venir. Par rapport à cette année à venir, nous attendons les réponses de nos financeurs sur la poursuite du projet dont la première échéance était pour la fin d'août. Normalement il n'y pas de problèmes car tout le monde semble enthousiasmé par ce programme de reboisement. Et il y a des canadiens que le père Jean-Yves connaît qui seraient prêts à prendre le relais. Dans tous les cas, on espère pouvoir créer d'autres pépinières. Et ce notamment avec le père Flechet, un passionniste américain qui a un orphelinat près de Furcy et un hôpital sur Port-au-Prince. Dans chaque cas, il a du terrain disponible et clos, donc à l'abri des animaux. A suivre…

 

A la mi-juillet, j'ai manqué la fête patronale de Mahotière, une de nos chapelles. Nous étions montés à Furcy et j'ai dû redescendre précipitamment car Jean-Yves souffrait d'une intoxication alimentaire. Il avait mangé des fruits de mer la veille dans un restaurant de Port-au-Prince. Et la chaîne du froid étant difficile à maintenir ici, il y a toujours un risque, à moins de manger poisson ou fruit de mer en bord de mer.

 

Le week-end, je continue à l'occasion ma nouvelle activité de guide de rando pour les autres coopérants. Je les fais passer dans la zone de Barret pour découvrir le pays isolé, ou "peyi an deyò" (le pays en dehors ) comme on dit ici. Et si, au début, il y avait un peu de méfiance, maintenant il me semble qu'il y a plus de reconnaissance de la part de ces personnes qui se sentent assez délaissées par l'état.

 

Début août, nous avons accueilli pour deux jours les parents de Grégory, un coopérant de Jacmel, venus visiter le pays pour 3-4 semaines. Ils ont découvert les mornes auprès des paysans. Frédéric, le papa de Grégory, a sûrement impressionné les gens du village car il m'a accompagné dans deux randos et est repassé une dizaine de jours plus tard en venant à pied de Séguin. Il sera passé pour un autre fou de marche, comme moi !!! Après ils sont repartis sur Jacmel, pour profiter aussi de la plage et découvrir la ville où travaillait Grégory.

Ils ont aussi été là pour un moment tant attendu, la fin de la construction du presbytère ou presque. Nous avons enfin emménagé le 4 août à l'occasion de l'anniversaire du père Jean-Yves, après avoir pousser les électriciens pour que l'installation électrique permette d'avoir de l'eau à la maison. Après seulement neuf mois de retard sur la date prévue, et quelques imperfections mineures… C'est quand même agréable de passer du "camping" à un vrai chez soi. Ce sera surtout pratique pour travailler, pour accueillir, pour aussi avoir un peu d'intimité avec sa chambre à soi.

 

Août a aussi été le temps pour moi de passer deux semaines en France pour revoir la famille et les amis. Deux semaines intenses, trop rapides mais le temps passe très vite…même ici où il semble parfois être arrêté.

 

Alors, n'a we talè

 

Gérard
Par gerard - Publié dans : mon projet
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