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Lundi 16 octobre 2006

Je vais essayer de rattraper mon retard pour les nouvelles du mois passé.

 

Nous avons eu deux fêtes patronales à une semaine d'intervalle, celles de Furcy le 24 septembre et celle d'une chapelle, Caye-Chemin le 1er octobre. La veille de la fête de Furcy s'est déroulée la finale du championnat de foot local. J'ai rarement vu autant d'animation autour d'un match, la passion était à peu près la même que lors de la coupe du monde. Et ce, malgré la pluie qui a interrompu le match quelques minutes et transformé le terrain en champ de boue rendant tout contrôle de la balle impossible. La journée s'est terminée par ce qui est localement appelé "program" ou "bal", bref une soirée dansante lors de laquelle j'ai pu prendre mes premiers cours de konpa, inoubliable pour l'ambiance et ce que ça a apporté de changement dans mon contact avec les gens de Furcy. Pour les amateurs, il faut mettre sa pudeur européenne de côté car c'est très collé-serré.

A la fête patronale et pour l'inauguration du presbytère étaient attendues plusieurs personnalités connues du père Jean-Yves. Seuls le ministre des travaux publics et le représentant du ministre des cultes ont pu faire le déplacement pour assister à la messe et à la bénédiction du presbytère par Mgr Lafontant, évêque de Port-au-Prince. J'ai déjà du parler des messes de Furcy qui sont relativement courtes et animées ce qui fait qu'on ne voit pas l'heure et demie passer. Mais pour une fête patronale, il faut bien rajouter une heure supplémentaire.

 

Une semaine plus tard, c'est de nouveau la fête mais à Caye-Chemin. Et étrangement c'est plus impressionnant, dans le sens où il y avait à peu près autant de monde bien que ce ne soit accessible qu'à pied, voire à cheval mais rares sont ceux qui en possèdent un. J'avais profité de l'occasion pour inviter Marianne, Vincent et Mélanie à découvrir le pays en dehors. Ils ont ainsi participé à leur premier bal local et découvert le côté entreprenant des haïtiens. Et oui, un bal avec DJ, avec sono et forcément delco qu'il a fallu porter depuis Kenskoff.

La cérémonie du dimanche n'avait rien à envier à Furcy avec sa soixantaine de communiants, sa procession d'offrandes interminable (plus de vingt paniers) et ses nombreux chants. Un détail amusant, c'est de voir des personnes qui enregistrent la messe avec un radio cassette porté à bout de bras pendant 2h30, si, si c'est vrai, il y a des photos.

D'un point de vue pastoral, ce fut l'occasion pour Habens, notre vicaire, de commencer à mettre un peu d'ordre en révoquant le conseil de chapelle composé uniquement de membres de la famille du directeur de chapelle.

 

Plus récemment et plus dans le cadre de mon travail, j'ai eu une réunion de bilan avec le père Jean-Yves et le père André, responsable des coopérants. On a fait le point sur mes 8 premiers mois, et nous avons fixé les objectifs pour les mois à venir. L'activité des pépinières continuera et j'aurais à les développer à de plus petites échelles dans les chapelles, les familles. On essaiera de lier un peu plus les écoles au projet afin de produire un recueil de témoignages d'enfants sur ce qu'ils réalisent qui puisse être diffusé dans les autres écoles.

Au mois de juin, j'avais parlé de production de plants de pomme de terre, ça y est la première récolte est faite. Ca fait plaisir de voir que ça marche, enfin avec un bémol. Ce n'est pas encore rentable car nous avons perdu trop de plantules de pomme de terre le temps de trouver la meilleure manière de les produire. Mais quand même, ça fait partie des petites satisfactions.

Dernièrement, à mon retour de France, j'ai pris contact avec un agronome, Jean Louis, qui travaille pour l'église méthodiste de Furcy sur un programme d'amélioration de l'élevage. Nous allons essayer de travailler sur la lutte contre l'érosion dans la zone de Furcy. Notre souhait est de fédérer les différentes associations paysannes existantes pour avoir plus de poids si on fait des demandes de financement. Ce qui m'a tout de suite plus, c'est qu'il m'a dit que le développement n'était pas l'affaire d'un groupe mais celle de tous, protestants, vodouisants, catholiques et ce n'est pas courant ici. A l'occasion d'une visite au ministère des affaires sociales pour prendre des informations sur la création d'une fédération, j'ai pu voir à quel point l'administration est totalement nulle et comique en même temps. Il est en effet difficile de ne pas rire devant les trois réceptionnistes lisant le journal, devant les bureaux pleins de personnes qui sont plus ou moins des employés mais surtout inutiles, ou bien lorsque l'on rencontre un employé qui nous parle de son journal et de son association sur la protection de l'environnement dont la page de présentation du bulletin est agrafée à l'envers…pays tête en bas comme on dit ici…

 

J'aimerais aussi parler de mon dernier passage au foyer de la Caritas, un centre d'accueil pour enfants de la rue à Saint-Antoine, une des paroisses de Port-au-Prince. C'était à l'occasion d'un mardi show, une journée où les enfants de plusieurs bases se retrouvent, écoutent de la musique, dansent, prennent un repas en commun. Au moment du repas, quelque-uns parmi les grands (15-16 ans) ont lancé une petite émeute demandant de l'argent que la Caritas leur devrait. Il y a eu bataille avec les animateurs et intervention d'une police nonchalante. Bref cela c'est terminé avec l'évacuation des agitateurs. Mais ce qui est vraiment triste et révoltant, c'est que ces jeunes ont été très probablement manipulés contre la Caritas. Ils sont utilisés par certains de la même manière qu'un fonds de commerce, puisqu'ils peuvent permettent à un organisme de gagner de l'argent. Pour décompresser, Mélanie et moi sommes resté l'après-midi à faire du soutien scolaire auprès des 20 enfants hébergés dans le centre et qui eux sont plus calmes, plus jeunes et adorables sauf quand ils se chamaillent entre eux.

De la fréquentation de la Caritas, je tire des petits plaisir. Notamment quand je me promène dans la ville et qu'un enfant des rues qui me reconnaît vient me voir pour parler. Là c'est très dur, parcequ'ils n'ont vraiment rien mais on peut difficilement leur donner quelquechose sous peine d'attroupement et de perte de relation saine avec eux…alors un sourire, une parole…

 

Je vous embrasse

 

N'ap we

 

Jerar

 

Par gerard - Publié dans : mon projet
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