Des arbres pour Furcy
Bonjou tout moun !!
J'espère que vous avez apprécié les quelques textes mis en ligne précédemment. En fait, j'ai remarqué qu'il y a peu de commentaires. Je ne demande pas grand chose, juste une ligne ou deux de temps en temps pour savoir ce qui plaît, ce qui intéresse ou pose question. Bref, je dis ça en passant.
Cette fois-ci pas de résumé du mois précédent, je vais juste parler de quelques événements plus importants pour moi.
J'ai déjà parlé du Champ de Mars, la place principale de Port-au-Prince, lieu de promenade, de détente, de révision à la lumière des lampadaires pour les étudiants qui n'ont pas d'électricité chez eux, d'étals de marchandes de griots, de livres, de jus de fruit…lieu de rencontres…
Un jour je rentrais à pied de Portail-Léogane, la station de bus de Jacmel, pour aller à Lafleur Ducheine, à la maison des pères de St-Jacques, notre point de chute. Je décidai de faire un crochet par le Champ de Mars pour voir si quelques uns des enfants des rues que je connais ne sont pas là. Il est près de midi et l'odeur des fritailles préparées par les marchandes me tente. Je n'ai que deux gourdes (4 centimes d'euro) sur moi, je demande à une marchande ce que je peux acheter avec. Gina, c'est le nom de la marchande, met à frire deux morceaux de banane pesée (banane plantain écrasée), me les sert et lorsque je lui tends ma monnaie me dit de la garder pour m'acheter de l'eau…j'ai acheté deux sachets (ici l'eau traitée se vend aussi en petits sachets), un pour moi et un pour Jerry, un enfant qui est souvent dans cette zone…il y a des fois où on se sent tout petit, où l'on a honte de soi…Aujourd'hui, Gina ne vend plus que des jus de fruit. Un soir, en rentrant chez elle à Carrefour-Feuille, elle s'est faite rackettée et depuis n'a plus assez d'argent pour acheter des cuisses de poule à griller…mais elle me dit toujours bonjour avec le sourire…
Ce même jour, Mélanie et moi décidions de passer la soirée sur le Champ de Mars. Nous passons voir Gina pour commander une cuisse-poule (c'est créolisé là). Jerry est là avec quelques autres enfants de la base (une base désigne le territoire et le groupe d'enfants qui y vit) Rex, ça désigne la base qui est en haut du Champ de Mars auprès du cinéma Rex. Nous partageons notre repas avec les enfants. Puis nous passons de l'autre côté de la place auprès du monument dédié à la Constitution de 1987. C'est là que nous retrouvons Emilio, notre vendeur de bière ambulant accompagné de sa brouette. A peine avons nous acheté une bière, qu'arrive Moïse, un mendiant que nous ne connaissons pas et qui nous demande de l'argent, une scène banale finalement. J'entame la discussion et essaie d'expliquer que je ne donne pas d'argent, mais c'est peine perdu, alors je lui propose de partager ma bière… Finalement, nous avons bien dû parler une demi-heure ensemble, de tout et de rien. Je retiendrai toujours la conclusion de Moïse, "je pourrais avoir besoin d'argent, vouloir te voler, mais tu as parlé avec moi comme avec un ami, tu as partagé, et là je n'ai plus besoin de rien"…
Le 18 novembre dernier était un jour férié ici, en souvenir de la victoire de la bataille de Vertières où des esclaves révoltés ont renversé l'armée française. C'était aussi le jour où les enfants du foyer Caritas de la paroisse St Antoine de Port-au-Prince sont venus à Furcy pour se détendre et changer d'atmosphère, à l'initiative de Mélanie. Ils ont pu jouer au foot avec contre une équipe d'enfants de Furcy. Le match s'est étonnamment passé dans le calme, sans aucune bataille alors que ce sont des enfants qui sont facilement violents.
Ensuite, je leur ai présenté la pépinière et ils ont pu remplir des sachets de terre puis semer quelques graines d'arbres, à défaut de plantation car la saison est trop avancée pour transplanter des arbres. Les efforts de la matinée ont été récompensés par un habituel riz-pois pris en commun.
En début d'après-midi, une petite pluie nous a obligé à rester à l'intérieur. Heureusement, le presbytère est équipé d'un vidéoprojecteur (c'est ça la classe !!!), et j'ai pu projeter un film haïtien comique pour les enfants. Au moins, ça les changeait des films d'actions violents que les animateurs du centre les laissent regarder.
Je pense que nous essaierons de renouveler cette expérience qui a été intéressante autant pour les enfants que pour les animateurs. Cela montre aussi que le comportement des enfants peut être différent lorsqu'on les change de contexte, et celui de la rue est loin d'être le meilleur pour s'épanouir.
Enfin, dans le cadre de mon travail (parce que je travaille aussi !!), je suis amené à travailler avec le Service Chrétien sur la commune de Kenscoff, qui comprend Furcy. Le Service Chrétien dépend de plusieurs églises protestantes et fait de la sensibilisation à la protection de l'environnement que ce soit auprès des enfants par le biais de l'école ou bien auprès de la population locale par le biais d'animateurs et de comités de pilotage.
Mon premier contact avec cet organisme a été une invitation à venir à un séminaire de trois jours de formation des maîtres d'école sur l'environnement. Je pensais être membre apprenant… Quelle n'a pas été ma surprise quand Dieuseul (c'est un prénom !!!), un des organisateurs, m'a demandé de présenter une partie de l'exposé. Alors, sur le coup j'ai refusé proposant seulement d'ajouter quelques commentaires si besoin, tout en prétextant que je n'avais pas eu le temps de me préparer, ce qui me semblait normal. Mais, à la fin de la journée, voyant le niveau de la formation, je n'ai pas hésité à proposer mes services pour les jours suivants.
Je vais donc travailler avec eux à la formation des maîtres et des animateurs. Mais le projet possède une partie terrain, avec création de pépinières, de taillis modèles, formation des paysans à la conservation des sols, encouragement au développement d'organisations et de fédérations…Bref tout ce à quoi l'agronome Jan Lwi et moi pensions devient plus facilement réalisable dans ce cadre puisqu'il existe un budget disponible, et oui, on en revient toujours à ce problème... Un détail important et que j'apprécie, le Service Chrétien insiste sur la formation et le bénévolat des gens, il n'y a pas d'assistanat ce qui limite les risques d'abandon du projet lorsque les financements arrivent à leur terme après deux ans.
Il y aurait encore bien d'autres choses à raconter, telles que les réunions où j'arrive après plus d'une heure de marche pour voir que personne n'est venu, ou bien qui commencent avec un retard minimum d'une heure, le concert de Ram à l'Institut Français qui se termine sous la pluie, Jean-Baptiste le vendeur d'eau qui refuse que je le paie tout en me disant que les affaires marchent mal…autant de scènes touchantes, banales ou étonnantes qui composent un quotidien.
Je vous embrasse tous
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